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Histoire Haspres
Histoire de la ville d Haspres, son patrimoine, sa mairie aux allures de petit Kremlin, sa prévôté, son clocher et son église, l'ancienne prison ou corps de garde de l'armée russe en 1815, son moulin, ses sociétés locales actuelles et passées.

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La Sabis : le scenario le plus abouti a ce jour

 
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flyingfr


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MessagePosté le: Jeu 10 Juin - 15:47 (2010)    Sujet du message: La Sabis : le scenario le plus abouti a ce jour Répondre en citant

est selon moi la thèse de Mr Le Glay ecrite en 1831, il y présente des éléments archéologiques trés troublants et son approche du
"vulgaire" est tres intéressante.

Je vous livre son histoire ci apres, bonne lecture!.




L'itinéraire qu'ont dû suivre les troupes romaines ne se concilie guères avec cette désignation. Une fois les Ambianais soumis, César quitte leur pays pour se porter sur celui des Nerviens qui y confinait. Pendant trois jours son armée chemine, sans s'éloigner des frontières de ce peuple. Si elle s'était dirigée du côté de la Sambre, elle n'aurait pu se dispenser de pénétrer sur le territoire des Véromanduens en traversant les. cantons où se trouvent aujourd'hui Péronne, le Câtelet et Landrecies, et par conséquent d'abandonner celui des Nerviens, ce qui serait en contradiction avec le texte des Commentaires.

On ne peut guères d'ailleurs supposer que les Nerviens, au lieu de défendre l'entrée de leur pays, vers les limites de celui des Ambianais, se soient repliés au loin derrière la Sambre, en laissant envahir la plus belle partie de la contrée qu'ils occupaient. Ainsi, sous le rapport géographique comme sous le rapport de l'art militaire, on ne conçoit pas cette position d'une armée qui veut s'opposer à une invasion.

C'est en raisonnant dans le même sens que M. Lemaire, éditeur de la Bibliothèque classique latine, est amené à déclarer qu'il y a sans doute erreur dans ce passage de César, et qu'il faut lire, non pas* Sahim la Sambre, mais Scaldim Y Escaut ( 1 ). Cette rectification, qui semble tout à fait conforme à la vérité, va servir de fondement aux conjectures que je veux essayer d'établir ici. Je m'y attache d'autant plus volontiers que, longtemps avant M. Lemaire, des critiques qu'il paraît n'avoir pas connus ( 2 ) ont manifesté la même opinion. André Catulle assure qu'il existait de son temps, dans la bibliothèque des jésuites à Trêves, un très ancien manuscrit des Commentaires qui, au livre 2 , ch. 16, portait le mot Scaldim au lieu de Sabim, et au livre 6, ch. 33 , Sabim au lieu de Scaldim ( 3 ).

Guillaume de Blytterswick, dans une dissertation latine (4) qu'il adresse à André Catulle,
se prononce formellement pour la rectification, et fortifie son assertion de considérations étendues qu'il serait inutile de reproduire ici.

César a bien pu, au second livre, donner le nom de la Sambre à l'Escaut, puisqu'au sixième, il prend évidemment l'Escaut pour la Sambre en le faisant porter ses eaux dans la Meuse : ad flunwn Scaldim quod injluit in Mosam. Raimond de Marlian, prévôt de St-Géry à Cambrai et critique fort érudit, a signalé, dès le seizième siècle, cette erreur de César ou de ses copistes ( 1 ).

On peut donc, sans trop de témérité, affirmer maintenant que la bataille des Nerviens contre César a eu lieu, non sur les bords de la Sambre, mais sur ceux de l'Escaut ( 2 ).

Ceci posé, il reste à chercher le long de ce dernier fleuve une position qui s'accorde avec le texte des Commentaires et qui ne répugne à aucune convenance topographique. Il ne faut pas perdre de vue que César était chez les Ambianais, quand il se mit en marche pour attaquer les Nerviens ; il faut se rappeler aussi que ces deux peuples confinaient entr'eux au moins par une pointe de terrain : Ambianorum fines Nervii attin

( 1 ) Veterum Gallice locorum descriptio eorum maxime quoc apud Cœsarem in commentariis sunt. Verbo Scaldis.

( 2 ) M. le comte d'AUonville a adopté aussi cette opinion dans sa Oisserl. sur les Camps Romains de la Somme, p. 129.

gebant ( 1 ). Il est donc raisonnable de penser que l'armée romaine se dirigea vers cette partie qui formait la limite commune. La faiblesse du contingent fourni par les Ambianais à l'époque de la conquête, a fait croire avec raison que le territoire de ce peuple était extrêmement borné ( 2 ). Le • mot attingebant semble faire entendre que le pays des Ambianais et celui des Nerviens ne se touchaient pas par une grande étendue de terrain, mais par une pointe ou un angle saillant qui devait se trouver resserré entre les Véromanduens et les Atrébates. Je me figure cette pointe allant jusques versBapaume et sans doute plus loin encore. Ainsi que je l'ai avancé, il faut bien que ce soit par là que les légions romaines aient fait leur entrée chez les Nerviens, puisqu'elles n'auraient pu se détourner sans passer sur le territoire des peuples voisins , circonstance que César n'aurait pas manqué de mentionner.

On ne peut supposer qu'un peuple aussi brave que les Nerviens ait, avant de faire la moindre résistance, laissé envahir ses foyers. Il avait pour alliés deux nations également intéressées à ne pas mettre leurs frontières à découvert. Il faut donc absolument, sous peine de flotter dans le vague et de choquer toutes les vraisemblances, il faut, dis-je, chercher la position de cette armée combinée sur un emplacement peu éloigné du point de jonction de la limite de ces trois peuples, peu éloigné aussi des frontières ambianaises par où les Romains devaient déboucher.

Ici se présente une difficulté. Si l'armée belge s'est réunie et retranchée sur la frontière, comment expliquer les trois jours de marche que César dit avoir employés avant d'être à dix mille pas du fleuve? Rappelons-nous d'abord que César lui-même déclare ne s'être pas avancé au-delà des frontières. Il le dit d'une manière expresse : quùm per fines eorum triduum iter fecisset.

Vainement un grand nombre de traducteurs, toujours imbus de l'idée que la bataille s'est livrée sur les bords de la Sambre, bien avant dans la contrée, ont torturé cette expression per fines pour l'accommoder à leur sens, et l'ont rendue par les mots , dans l'intérieur du pays. Per fines signifie le long des frontières. Per n'est pas synonyme ftintrà , chacun le sait ; et il faut que les traducteurs aient été bien préoccupés pour prendre ainsi le change.

L'objection est donc sans fondement. Il est nécessaire d'admettre que l'armée romaine marcha, dans cette circonstance, à très petites journées, et qu'elle ne suivit point une route directe ; ce que l'on concevra facilement si l'on réfléchit qu'il s'agissait de pénétrer pour la première fois chez un peuple aguerri et barbare qui ne communiquait pas avec ses voisins, et qui sans doute ne s'attachait guères à établir des chemins réguliers. La crainte d'une surprise de la part de ces redoutables Nerviens, rendait les Romains très circonspects et les engageait à ne s'avancer que lentement et avec beaucoup de précautions sur une terre où ils pouvaient rencontrer plus d'une embûche. Ainsi retenues et comprimées dans leur ardeur par un chef habile et prudent, les légions, au lieu de se porter en avant, sondaient, pour ainsi dire, le terrain, et ne faisaient que louvoyer jusqu'à ce que des avis sûrs leur fissent connaître la véritable situation de l'ennemi.

Enfin, quelques prisonniers saisis à la fin du troisième jour de cette marche incertaine, vacillante et souvent rétrograde, apprirent à César que les Nerviens avec leurs auxiliaires, les Véromanduens et les Atrébates, n'étaient plus qu'à dix mille pas, c'est-à-dire, à trois lieues environ (1).

Or, je trouve dans ces parages, à huit lieues

( i ) D'après les calculs de d'Anville et de l'abbé Barthélémy, le pas romain équivaut à 4 pieds 6 pouces 5 lignes, ancienne mesure française, et le mille romain, looo pas, à 756 de nos toises, moins une très légère fraction, de sorte que notre lieue de poste de 2000 toises vautàpeuprès a65opas romains. Diss. surles Camps romains, p.i3.

environ de l'extrême frontière des Nerviens et des Ambianais, un emplacement qui rappelle toutes les circonstances énoncées par César. Au sud de Cambrai, vers l'ancienne ville de Crèvecœur , l'Escaut, déjà grossi par l'abondance de ses sources et par les ravins qui descendent des hauteurs voisines, présente sur plusieurs points une profondeur de trois pieds et plus. Son lit très encaissé est çà et là protégé par des rives fort escarpées. Sur la droite du fleuve s'élève un plateau quecouronnent les bois des Quesneaux, de laGourdine et de Vaucelles, et qui se continue avec le Montécouvet et d'autres mamelons, tels que le Belgemont, aujourd'hui Révelon, etc.

Sur la rive gauche nous voyons la hauteur de Bonavis qui, nonobstant sa pente douce et presqu'insensible, est, relativement au niveau de la mer , le point le plus élevé du département du Nord.

Je place donc les Nerviens dans le bois et sur les collines de Vaucelles, j'établis l'armée romaine à Bonavis. De cette façon je mets les combattans en présence, absolument comme César dut les mettre lui-même. Rien ne manque à mon champ de bataille (1). De part et d'autre, les camps sont assis sur une colline qui descend vers la rivière par une déclivité douce et réglée. Une partie de celle qu'occupaient les barbares est encore aujourd'hui suffisamment boisée pour cacher de nombreux bataillons. Le penchant de cette colline n'est guères qu'à deux cents pas de l'Escaut, passus circiter ducentos. D'autres indications viennent fortifier cet ensemble de probabilités. Là est la ferme de Vinchy, Vinciacum, dont le nom paraît rappeler le souvenir d'une grande défaite. Plus loin, du côté de Bantouzel et d'Honnecourt, on voit encore des vestiges de retranchemens que les habitans ont toujours regardés comme ayant été construits du temps des Romains et qu'ils ont appelés les Câtelets, de castella, petits camps. En approchant de Crèvecœur, vous gravissez le Belgemont qui sans doute a été ainsi nommé pour un motif historique. Enfin on a découvert à diverses reprises, dans les environs, des débris d'armes, des ossemens d'hommes et de chevaux presque pulvérisés par l'action des siècles, des médailles consulaires, et autres objets d'antiquité.

Quand j'admets l'opinion que le lieu dont il s'agit a été le théâtre d'un grand combat entre les Belges et les Romains, je n'exprime pas une idée absolument nouvelle ; il paraît que de temps immémorial une tradition vague mais constante a placé là une bataille dont on n'assigne ni l'époque ni les circonstances, bien qu'on y fasse intervenir les Romains. Je citerai à ce sujet, non comme une autorité irréfragable, mais comme un témoignage de plus en faveur de mes conjectures, le passage suivant d'un auteur qui écrivait il y a près de deux cents ans :

« Si nous voulons croire au vulgaire qui ap» pelle cette ville Crèvecœur de Jules César, nous » dirons que ce fut le lieu où ce conquérant, qui » ne trouvoit rien d'impossible à son courage, vit ' » pour la troisième fois en sa vie fleschir les aisles » à ses victoires , et où la meilleure partie des » capitaines romains.... trouvèrent leur tombeau » par la force des Belges qui s'opposèrent à leur » passage.... Outre ce, le Pont-Iule, dit à présent » le pont-de-pierre, basti sur l'Escaut au milieu » des estangs et viviers; le mont Revelon,jadis » Belgemont, avec ses voûtes souterraines, les » médailles et autres antiquités qui s'y sont ren» contrées, nous font juger qu'il s'y fit jadis un » furieux choc entre les Romains et les Belges, » et que ce fut peut-être alors que Jules César » fut contraint d'avouer que d'entre tous les » Gaulois les plus forts étoient les Belges. » (1).

Je ne veux point terminer cette notice sans examiner une objection qui semble encore résulter du texte de César, et qui m'a même été faite par un critique judicieux, notre ami, M. Arthur Dinaux. L'auteur des Commentaires, après avoir exalté le courage que déployèrent les Nerviens, ajoute : Ut non nequidquam tantœ virtutis hommes judicari deberet ausos esse transire latissimum flumen, aiscendere altissimas ripas. La plupart des traducteurs ont traduit à peu près ainsi ce passage : « De » sorte qu'il ne faut pas s'étonner si des hommes » d'une telle valeur ont osé franchir un fleuve » très large et gravir des rives très élevées. »

Comment concilier, dira-t-on, cette immense largeur du fleuve, ce grand escarpement des rives avec le véritable état de l'Escaut auprès de Crèvecœur?

Ceux qui s'imaginent que l'Escaut, aux environs de Crèvecceur , n'a que des rives basses et un lit étroit , sont dans une erreur complète, et prouvent par là qu'ils n'ont jamais visité les lieux. Nulle part peut-être, depuis sa source jusqu'à son embouchure, ce fleuve n'a des rives plus hautes qu'entre Vaucelles et Crèvecceur. Ce n'est point exagérer que de dire que sur plusieurs points elles ont trente et quarante pieds d'élévation, et que d'une rive à l'autre il y a quinze à vingt toises. La rivière, vous le savez, est tellement encaissée et ses bords tellement couverts de broussailles que, du haut de la rive il n'est plus possible d'apercevoir les flots ; on les entend seulement rouler avec un certain bruit sur leur lit de cailloux.

Qu'à ces raisonnemens il me soit permis d'ajouter une courte explication grammaticale.

On pourrait donner aux mots latissimum et altissimas le sens du superlatif relatif plutôt que du superlatif absolu. Je m'explique. César, selon moi, aurait voulu dire, que les Nerviens avaient montré une telle intrépidité qu'il n'est pas étonnant que dans le fort de l'action ils aient franchi sans hésiter le fleuve dans l'endroit où il était le plus large , latissimum, et qu'ils aient gravi les riyes là même où elles étaient le plus escarpées, altissimas. Cette acception du superlatif est très usitée chez les auteurs de la bonne latinité. Summus nions ^ imus nions ne signifient pas le mont le plus élevé, le mont le plus bas, mais le mont à l'endroit où il est le plus élevé ou le plus bas. C'est une sorte d'idiotisme latin que l'on rencontre à chaque page chez les écrivains du siècle d'Auguste. Du reste, cette remarque est surabondante, et je n'y attache pas d'importance.

De tout ce qui précède, je me crois donc fondé à conclure i° que la défaite des Nerviens a eu lieu sur les bords de l'Escaut, et non près de la Sambre, 2° que l'espace de terrain compris entre Bonavis et Vaucelles présente toutes les circonstances indiquées par César , et par conséquent pourraitbien être l'emplacement de ce cha mp de bataille.

J'ai cherché la vérité avec soin et de bonne foi. Je n'ose me vanter pourtant de l'avoir rencontrée. En de telles matières, il est trop facile d'errer. Heureux aujourd'hui si j'obtiens votre suffrage et celui de quelques amis, et si je suis parvenu à jeter quelque lumière sur ce point encore obscur de topographie historique. Puissent surtout les conjectures que je présente ici fournir une nouvelle preuve du zèle qui m'anime pour l'illustration de notre cher pays !

Recevez, mon cher et digne ami, l'hommage de ma haute estime et de ma sincère affection.

Le Glay. Le  18 aout 1831.


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MessagePosté le: Jeu 10 Juin - 15:47 (2010)    Sujet du message: Publicité

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Olivier


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MessagePosté le: Sam 19 Juin - 05:41 (2010)    Sujet du message: Contre l’hypothèse de l’Escaut Répondre en citant

Contre l’hypothèse de l’Escaut

Réponse et analyse de Monsieur André Bigotte.

En sciences humaines (littérature, histoire, archéologie, etc.), parler de thèse « scientifiquement démontrée » n’a pas beaucoup de sens. La recherche du lieu où s’est déroulée la bataille de la Sabis ne saurait exiger une exactitude qui aboutisse à une rigoureuse vérité sans aucune marge d’erreur, sans aucune remise en question possible. Il convient en effet de ne pas confondre RIGUEUR SCIENTIFIQUE et EXACTITUDE EXPÉRIMENTALE, les deux démarches sont radicalement différentes :

-  La RIGUEUR est de l’ordre de la VÉRITÉ, de la CERTITUDE ABSOLUE, du DÉFINITIF : les mathématiques sont une science rigoureuse, elles n’admettent pas d’hésitation, leurs théories sont sans bavure. Ainsi 2 + 2 = 4, la somme des angles d’un triangle équivaut à 180° ; ces vérités sont DÉMONTRABLES, elles ne peuvent pas être mises en doute. La rigueur est du côté du système.

-  L’EXACTITUDE, au contraire, est de l’ordre de l’EXPÉRIMENTATION, de la CONNAISSANCE, elle n’obtient jamais un résultat fixe, rigoureux, elle comporte nécessairement une marge d’erreur, elle échappe à toute démonstration scientifique, sa vérité est toujours PROVISOIRE, RELATIVE et soumise à l’adéquation de son énoncé à la RÉALITÉ. L’exactitude est du côté de la théorie : toutes les sciences, excepté les mathématiques, procèdent selon une approximation révisable, dont l’intérêt est d’intégrer tous les éléments particuliers en un ensemble cohérent commandé par un principe général explicatif du tout : ainsi la théorie du big-bang pour expliquer la création de l’univers.

En l’occurrence, il s’agit 1°) de considérer le texte de César (Guerre des Gaules), comme le récit historique des circonstances d’une bataille, induisant des problèmes de lecture, d’analyse, de théorie ; 2°) de restituer à ce récit sa logique en tenant compte du PLUS GRAND NOMBRE DE SES COMPOSANTES ; 3°) de formuler une HYPOTHÈSE D’ENSEMBLE, interprétation coordonnée où chaque élément trouve sa place, sa raison d’être et sa fonction ; 4°) de confronter cette hypothèse avec les RÉFÉRENCES historique, géographique, géologique, archéologique, toponymique, stratégique, etc. ; 5°) d’en déduire une THÈSE qui soit une explication intelligible et rationnelle des toutes les données.

THÉORIE et PRATIQUE forment un couple indissoluble : si un fait nouvellement découvert (en provenance des paramètres énoncés plus haut : textuel, historique, etc. qui ne sont pas eux-mêmes des certitudes immuables, mais des savoirs susceptibles d’évolution) vient en contradiction avec la thèse admise, alors celle-ci est contredite et invalidée. Une théorie nouvelle trouve souvent sa raison dans la contestation des hypothèses sur lesquelles reposait la théorie précédente. C’est dire que toute conception est susceptible d’être remise en cause, mais qu’elle reste valable tant qu’une autre plus adéquate n’a pas été formulée. Par conséquent, une thèse qui serait « scientifiquement démontrée » serait un dogme qui interdirait toute réflexion, tout questionnement, toute révision, ce serait un obstacle au progrès et à l’évolution de la pensée historique.

 En vertu de ces principes basiques, la thèse de Leglay situant la bataille sur l’Escaut (discours du 16 août 1829, Mémoires de la Société d’Emulation de Cambrai, 1830, pp. 81-98 ) nous semble irrecevable pour plusieurs motifs :


1°) Leglay fonde toute sa théorie (va servir de fondement aux conjectures que je veux essayer d’établir ici, op. cit., p. 88 ) sur une erreur de César qui aurait écrit Sabim au lieu de Scaldim :

-  d’une part, Leglay traduit Sabim par Sambre, dans l’intention, semble-t-il, de repousser les théories des partisans de la Sambre qu’il vient de rapporter. Mais qu’on nous dise par quelles lois de la phonétique historique le latin Sabim pourrait-il engendrer le toponyme « Sambre » ? Une thèse scientifique ferait au contraire dériver « Selle » de Sabis, selon les phases transformationnelles de la science linguistique éprouvée et amendée depuis des décennies.

-  d’autre part, il a recours, pour garantir son opinion, aux dires d’un certain Catulle qui, au XVIIe siècle, aurait consulté chez les Jésuites de Trèves, un très ancien manuscrit contenant une confusion entre Sabim et Scaldim. Mais qu’on nous mette sous les yeux ce document, et qu’on nous prouve qu’il s’agit d’une erreur de César lui-même et non celle d’un copiste inaverti ou inattentif. Une thèse scientifique aurait procédé à un examen précis des différents manuscrits et textes publiés du Bellum Gallicum, constaté les variantes, les corrections, les remaniements, etc., travail auquel s’est livré Constans pour son édition du texte latin de César, aux Éditions des Belles Lettres en 1929, ouvrage couronné par l’Académie française et qui, depuis, sert de référence (c’est cette édition en latin et sa traduction par Constans, que nous utilisons).

-  enfin, pour appuyer définitivement son argumentation, Leglay signale une deuxième erreur de César qui aurait pris l’Escaut pour la Sambre en le faisant se jeter dans la Meuse (op. cit., p. 89). Mais nous avons montré qu’autrefois il en était réellement ainsi (cf. Forum de discussion > Mais où se trouve la Sabis, l’Escaut ?). Une thèse scientifique aurait fait considérer l’état géographique et géologique du pays à l’époque de César, et en aurait conclu que le général romain, au moins sur ce point, ne se trompait aucunement, ni ne trompait personne. Il ne faut infliger au texte aucune torture, aucune distorsion, aucune correction : ne rien lui ajouter, ne rien lui ôter, ne rien lui substituer non plus.

Tout au plus peut-on accuser César d’imprécision ou d’ellipse : il aurait pu dire, par exemple, que la Sabis était un affluent de l’Escaut ; mais ce détail était absolument inutile et inopérant pour l’histoire de la bataille en question. Par ailleurs, César avait en arrivant sur les lieux des opérations, d’exactes informations fournies par les voisins des Nerviens, prisonniers qui connaissaient parfaitement les environs et les dispositifs des Gaulois (Guerre des Gaules, II-16), et par des Nerviens eux-mêmes, espions belges engagés dans l’armée romaine (II-17). Alors tombent ensemble l’argumentation de Leglay et sa théorie de l’Escaut.


2°) Leglay avance une interprétation abusive du texte de César, on devrait dire : un défaut ou une insuffisance de lecture. Il prétend en effet que les légions romaines ont marché pendant trois jours en Nervie (II-16) en cherchant leur route, en louvoyant, en errant, en ne sachant pas très bien où elles allaient, retournant même sur leurs pas, jusqu’au moment où, un peu par hasard sans doute, elles auraient rencontré la Sabis : les légions, au lieu de se porter en avant, sondaient, pour ainsi dire, le terrain, et ne faisaient que louvoyer (…) cette marche incertaine, vacillante et souvent rétrograde (Leglay, op. cit., p. 92). Le récit de César ne dit absolument rien de cela, seulement que les soldats romains ont marché pendant trois jours (II-16), et qu’ils ont été embarrassés par les haies épineuses (II-18 ). Il ne faut infliger au texte aucune torture, aucune distorsion, aucune correction, ne rien lui ôter, ne rien lui ajouter non plus. Est-ce une attitude scientifique et démonstrative que d’inventer de fausses suppositions en vue d’un but fixé au préalable ?

3°) Leglay traduit le latin per eorum fines par « le long de leurs frontières » et non pas « à travers leur pays » (op. cit., p. 91). Mais, d’une part, per, au sens local, signifie bien « à travers », « dans toute l’étendue du territoire » (acception attestée par le traditionnel Dictionnaire illustré Latin-Français, de Félix Gaffiot, que tous les latinistes utilisent depuis presque un siècle).
D’autre part, fines, pluriel de finis, marque les « limites d’un champ, frontières d’un pays » (ibid. ; cf. Guerre des Gaules, II-19 : quem ad finem porrecta loca aperta pertinebant, jusqu’à la limite qu’atteignait le terrain découvert), mais tout aussi bien « le pays lui-même, le territoire » (Dictionnaire Gaffiot) entendu à l’intérieur de ses frontières. Le mot territorium est peu usité, nous ne l’avons pas rencontré dans le texte de César. Le vocable terra est employé une seule fois par César dans le sens de pays, contrée identifiée : terrae Galliae, la Gaule (Guerre des Gaules, I-30) ; les autres emplois de ce mot – nous avons repéré trois occurrences seulement – semblent plutôt désigner des pays indéterminés : alias terras, autres contrées (II-77) ; reliquum quidem in terris esse neminem, il n’y a personne sur la terre qui ... (IV-7) ; cui parti nulla est objecta terra, il n’y a aucune terre devant lui (V-13).

-  D’autres fines employés par César se rapportent à la notion de peuples gaulois dont les noms sont cités et se traduisent systématiquement par « pays », surtout après la préposition in (= dans) : in Santonum fines, dans le pays des Santons (II-10) ; in fines Ambianorum, dans le pays des Ambiens (II-15, soit trois lignes avant la séquence Eorum fines Nervii attingebant) ; in Atrebatum fines, dans le pays des Atrébates (V-46), etc. ;

-  mais aussi avec per (= à travers) : quod per fines Sequanorum Helvetios traduxisset, il avait fait passer les Helvètes à travers le pays des Séquanes (I-19) ; et longo spatio per fines Nantuatium, un long espace à travers le pays des Nantuates (IV-10) ; per medios fines Trevirorum, au milieu du territoire des Trévires (V-3) ; tutum per fines datorum, leur donner libre passage sur leur territoire (V-27) ; huc iturum per fines Remorum, en traversant le pays des Rèmes (V-56), etc. ;

-  et même sans préposition : qui fines Sequanorum ab Helvetius dividit, qui sépare le pays des Séquanes de celui des Helvètes ( I-8 ) ;  et fines Sequanorum suas copias traduxerant, ils avaient traversé le pays des Séquanes (I-11) ; fines eorum popularentur, ravageaient leur territoire (I-37) ; qui suos fines tueri non potuerint, qui n’a pas su défendre son territoire ( IV-8 ); fines eorum se violatorum negavit, ne pas faire de dégâts sur leur territoire (VI-32) ; ut Ambiorigis fines depopularentur, ravager le territoire d’Ambiorix (VI-42), etc. ;

-  seules les occurrences de fines précédées de la préposition ad (= à) se conçoivent selon la notion de frontière : ad fines, à la frontière du pays (II-2, V-25, V-26, V-54, etc.). Mais dans tous les autres exemples cités plus haut, traduire fines par frontière, au lieu de pays, territoire ou peuple, serait une aberration et un non-sens.

Il faut lire, dans le texte de César, ce qui est vraiment écrit et non pas ce qu’on veut qu’il dise. L’interprétation de Leglay lui permet de situer la progression des trois jours le long du fleuve (op. cit., p. 89), c’est-à-dire le long des frontières (p. 91). Si, comme nous le croyons d’après l’étude du texte de César, la marche s’est opérée entièrement sur le territoire ambien, avec peut-être la traversée d’une toute petite pointe du pays atrébate (cf. Forum de discussion > La bataille de la Sabis), la thèse de Leglay n’est plus valide, et il faut renoncer à l’Escaut.


4°) Leglay fait coïncider l’emplacement qu’il privilégie (profondeur de la rivière, rives escarpées, pente douce, hauteurs, bois, etc., op. cit., p. 93) avec la description fournie par César. Mais, d’une part, une telle correspondance est-elle si difficile à rencontrer dans le pays qu’occupaient les Belges ? A cet égard, le profil du fleuve nervien de la Guerre des Gaules, – considéré intrinsèquement en dehors de toute autre circonstance de la bataille –, est tellement commun et banal, qu’il pourrait tout aussi bien être celui de l’Escaut, de la Sambre, de la Selle, ou de beaucoup d’autres rivières de la contrée ;

-  d’autre part, pour mieux faire se superposer les descriptions, Leglay est obligé de transformer la « rivière très large » et la « berge fort élevée » (II-27) en « l’endroit où la rivière est la plus large », « où la berge est la plus élevée » (op. cit., p. 97). D’abord, il serait étonnant de croire que les Gaulois, même dans le fort de l’action, aient choisi, pour traverser la Sabis, l’endroit où cette rivière était la plus difficile à franchir, alors que ce sont eux qui ont déterminé le lieu précis du combat en fonction d’un système de défense comprenant des haies, une zone découverte et des bois impénétrables. Ensuite, rien dans le récit de César ne laisse entendre que les Gaulois aient éprouvé la moindre peine pour la traversée de leur rivière. Enfin, nous pensons avoir montré (Forum de discussion > La bataille de la Sabis > Mais où se trouve la Sabis, l’Escaut ? > Réponse au post ci-dessous) que ce passage de César, à la fin de son récit et une fois la victoire remportée, procédait du registre rhétorique, et que l’exagération qu’il met en place, tout comme celle concernant le trop grand nombre de Nerviens tués (II-28 ), était destinée à reconnaître le courage dont ont fait preuve les Gaulois, et, à contrario, à  mettre en valeur les qualités et les mérites des soldats romains, et par conséquent à faire l’apologie de César lui-même ;

-  enfin, Leglay fait intervenir dans son argumentation des éléments tirés du « vulgaire », terme archaïque pour désigner l’opinion populaire, admise par le commun des mortels sans autre forme d’examen : peut-on réellement prendre un tel point de vue gratuit et inconséquent, une tradition vague mais constante (op. cit., p. 94) pour une thèse « scientifiquement démontrée » ? Ainsi Vinchy rappellerait une grande défaite – et bien sûr, justement celle des Gaulois face aux Romains ! – le toponyme proviendrait de « vaincre », latin vincere. Mais Vinciacum n’est-il pas plutôt Vincy-acum, Vintius-acum, le domaine d’un certain Vintius installé par les Romains dans les premiers siècles après la conquête ? Peut-on imaginer les vainqueurs, pacificateurs et civilisateurs, donner aux cités et villages qu’ils créent en Gaule, des noms commémorant les cuisantes défaites de leurs ennemis, ou, ce qui revient au même, les brillantes victoires remportées sur eux ?

-  en revanche, Leglay ne dit rien de la ligne de crête, que César appelle summo jugo collis, sommet de la colline (II-24), et qui, située en avant du camp romain, ne joue pas un rôle négligeable. Il ne parle pas non plus des haies épineuses qui protègent le territoire nervien (où Leglay pourrait-il les situer ?). Rien de l’action des espions belges auprès des Nerviens la nuit qui précède la rencontre (II-17). Pas un mot sur le camp romain, ni le castrum gaulois, ni leur situation par rapport à la Sabis, ni le champ de bataille. Encore moins sur les détails des opérations romaines et gauloises. Et bien sûr aucune remarque sur le style ou la langue de César, ou sur la mise en scène narrative… Est-ce cela qu’on attend d’une explication qui se voudrait « scientifiquement démontrée » ? 

    André Bigotte
 


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MessagePosté le: Dim 27 Juin - 02:39 (2010)    Sujet du message: La Sabis : le scenario le plus abouti a ce jour Répondre en citant

je suis surpris de voir tant de personnes instruites et de bonne foi, n'être pas d'accord sur le lieu de cette bataille , quand elles diffèrent entr'elles sur la description de la sabis.

Mr Bigotte semble reprocher a Mr Leglay de ne pas mettre les forces en presences et ne ne pas situer le camp romain et le castrum gaulois.
Je trouve Mr Leglay plus juste et plus humble... car sans decouvertes archeologique majeur de son vivant : il ne peut tout simplement pas situer ces 2 camps.
le camp romain de l'aisne de cette meme année a été retrouvé, tres arasé certes mais les fossés sont fideles a description de César.
Tout comme le camp d'hiver de cesar en -52 en territoire atrébates attesté depuis par les grandes levés de terre d'estrun(62)

En outre Mr bigotte s'appuie sur une carte de notre region en - 57 AVJC qui est eronée en faisant l'impasse sur une grande riviere qui existait jadis.

Je pense que l'erreur commune consiste a vouloir retrouvé dans le paysage d'aujourd'hui  ce fameux decor que decrit césar, cet exercice, c'est tout simplement faire abstraction des bouleversements géologiques de notre region.


et definir la Sabis sur la Selle d'aujourd'hui n'est tout simplement pas credible!

Nonseis en nostre language. Mr Arnould et Mr Turquin veulent bien indiqué que le nom de Ses est attesté a plusieurs reprises au XIII s
pour designer la Selle; toutefois comme le notent mes correspondants ces messieurs donnent ici  "seis" qui ne parait pas attesté ailleurs dans les archives du nord.
et le texte fait bien allusion a un autre nom dans ses derniers mots : "Nonseis en nostre language"!!!!!!!!

Flyingfr (INRAP).


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Olivier


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MessagePosté le: Mar 13 Juil - 06:01 (2010)    Sujet du message: Contre l’hypothèse de la Satis Répondre en citant

Contre l’hypothèse de la Satis

Réponse apportée par André Bigotte

La seule référence dont nous disposons est la Guerre des Gaules de César, les autres textes sont postérieurs et/ou itératifs. D’où l’impérieuse nécessité d’accepter le texte tel quel (après comparaison des manuscrits, analyse des variantes et ajouts, etc.), de refuser de mettre en doute l’authenticité des propos de l’auteur (même s’il n’est pas un historien au sens moderne du mot), et de repousser l’idée que César aurait commis des erreurs, par exemple en écrivant Sabis au lieu de Scaldis. Cette supposition-là, avancée par les défenseurs de la thèse de l’Escaut (dont Leglay), ne repose sur aucun examen sérieux des textes latins référents (manuscrits des Bibliothèques d’Amsterdam, Paris, Vienne, Rome, Florence, Londres, Naples). Tout semble indiquer, au contraire, que ce sont des copistes qui, par incompétence ou inadvertance, ont commis cette bévue (ainsi du manuscrit de la Bibliothèque des Jésuites, consulté par Catulle). Toute interprétation est défendable, mais aucune ne saurait souffrir d’un défaut d’analyse ou d’un excès d’imagination.

     Ainsi, l’étude des transformations du toponyme Sabis selon certaines lois éprouvées de la phonétique historique, et d’après les formes dérivées consignées dans les textes anciens concernant, par exemple, Douchy, Noyelles-sur-Selle et Solesmes situées sur cette rivière, permet d’obtenir la suite : Sabim > Savim / Sauim > Save (706)  / Saue > Seve > Ses (1286) > Seelle > Selle, dont chaque chaînon est attesté de façon indiscutable (le diminutif topologique –elle se rencontre aussi, par exemple, dans le nom de la rivière Escarpelle = Petite Scarpe). En revanche, les autres toponymes fluviaux (Escaut, Sambre, Scarpe) ne procèdent pas de la même étymologie. Nous pensons toujours que ce seul argument devrait suffire à notre démonstration.

     Il convient de considérer aussi (j’abonde ici dans le sens de Flyingfr) que depuis l’époque de la conquête romaine, le paysage a subi de notables modifications physiques : 1°) César mentionne sous le nom de Sabis une rivière dont les eaux n’ont pas plus de trois pieds de profondeur (II-18 ). Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en plein été, et que la configuration même du site décrit par César (une colline en pente douce, une pente semblable de l’autre côté et garnie de bois épais) semble pouvoir s’adapter à beaucoup de rivières nerviennes : il n’est pas surprenant que Leglay ait cru remarquer, dans le site qu’il privilégie, un emplacement qui rappelle toutes les circonstances énoncées par César (Leglay, Nouvelles conjonctures sur l’emplacement du champ de bataille, etc., p. 93). Mais il peut paraître étonnant qu’il ait constaté une telle conformité justement à la suite de la visite même des lieux actuels, à la date précise du 26 septembre 1828 (ibid., p. 93, note 1). Ce n’est pas, en effet, le seul profil décrit par César qui peut permettre d’identifier précisément le fleuve dont il s’agit. Quant à la rivière très large et aux berges fort élevées, dont il est question à la fin du récit, nous avons déjà dit ce qu’il fallait penser de ces exagérations rhétoriques, qui ne reflètent pas la réalité des choses, mais l’intention de rendre hommage au courage de l’ennemi et donc à la valeur des légions romaines et de leur général. 2°) César aurait commis une autre erreur en faisant se jeter l’Escaut, Scaldis, dans la Meuse, Mosa (VI-33), en prenant l’embouchure de la Sambre pour celle de l’Escaut. Mais il ne s’est pas trompé, il était parfaitement informé de la géographie du pays : au moment de la conquête romaine, les deux fleuves mêlaient leurs eaux en leur embouchure, probablement au niveau de l’île de Tholen.

     Enfin, il est sans doute péremptoire de donner aux fouilles archéologiques une importance trop prépondérante : les batailles décrites par César n’ont laissé sur le terrain que peu de vestiges non périssables, les armes étant probablement récupérées après les combats, et les morts vraisemblablement incinérés (aucune nécropole n’a été mise à jour à proximité des sites pressentis). Quant aux monnaies romaines ou aux fragments de poteries, ils sont si fréquents et si nombreux qu’ils n’apportent pas souvent un témoignage probant.
     En revanche, il convient de restituer aux évènements rapportés – qu’ils relèvent de l’envergure du texte ou de sa complexité (aucun détail rapporté par César n’est insignifiant dans l’économie du récit) – leur logique stratégique, aspect trop souvent négligé. Ainsi, en ce qui concerne la Sabis : les trois jours de marche, les haies épineuses qui entravent l’action des légionnaires, le sommet de la colline ou ligne de crête devant le camp romain, la distance du camp à la rivière, la position de la route d’accès par rapport à ce camp, la fuite des Romains sur le côté gauche, et l’attaque des Gaulois du côté opposé, etc., etc.

La rivière Satis

     A l’époque de César, le réseau fluvial de la Belgique comprenait la Selle, anciennement Sabis (G. des G., II-16, -18 ) ; la Sambre, Sambrica > Sambra ; l’Escaut, Scaldis (VI-33) ; la Somme, Samara (V-24, -47, -53) ; la Scarpe, Scarbus ; l’Escrebieux, Scribius ; la Sensée, Satis. Cette dernière rivière (dont le nom n’est pas mentionné par César, mais est attesté dans des documents officiels des VIe et Xe siècles) était un fleuve imposant, navigable, qui prenait sa source au nord-ouest d’Arras, passait à Biache, Aubigny-au-Bac, et rejoignait l’Escaut à Bouchain ; il était bordé de nombreux sites préhistoriques. Pour sa part, la Scarpe était une vallée marécageuse (lieu où se seraient réfugiés les non-combattants de la Sabis ?), la rivière avait sa source près de Goeulzin, passait à Douai, Marchiennes, Tournai, avec un courant très faible.

     Au Xe siècle, des travaux de détournement ont permis la jonction, entre Biache-Saint-Vaast et Brebières, de la Satis et du Scarbus, provoquant le développement économique et politique de Douai par l’accroissement du débit fluvial du Scarbus. Dès lors, la Satis qui passait à Arras, coula vers le nord, et devint la Scarpe ; tandis que la Sensée qui était un affluent droit de cette Satis, donna son nom à toute la rivière qui se dirigeait vers l’est jusqu’à Bouchain, mais avec un débit beaucoup plus lent et un aspect de plaine marécageuse (cf. travaux de Cl. Lecocq, 1988, et le mémoire de M. Calcoen, J. Pinon, F. Tailliar, Historique de la vallée de la Sensée, UST Lille, 2007).

     Selon certains théoriciens, César, ou un copiste, aurait commis une erreur de transcription et confondu Satis et Sabis (décidément, quel piètre historien-géographe que ce César !). La bataille aurait donc eu lieu dans la proximité de cette rivière de la Satis, devenue plus tard la Sensée, et peut-être vers son confluent avec l’Escaut, soit à Etrun ou Estrun. Mais identifier ce site avec celui de la bataille de la Sabis ne va pas sans provoquer quelques obstacles : 1°) Estrun est enserré dans l’angle fermé dessiné par la confluence de l’Escaut et de la Sensée : on voit mal comment une bataille mettant aux prises plus de 100.000 combattants et procédant selon les phases décrites dans la Guerre des Gaules, aurait pu se dérouler dans un espace aussi restreint et peu ouvert ; 2°) le Camp de César à Estrun ne présente qu’une superficie de treize hectares, à peine suffisante pour y installer une ou deux légions romaines : il s’agit peut-être d’un castrum gaulois réutilisé, après la conquête, par les successeurs de César, à une époque où la Satis était encore navigable ; 3°) d’autres problèmes, d’ordre plus général, sont évoqués ci-dessous.
     Faut-il élargir la vue, et adopter un site quelque part sur la Satis, entre Palluel / Oisy-le-Verger et Bouchain, c’est-à-dire sur l’actuelle Sensée, mutatis mutandis ? Il n’est pas impossible que cette portion de l’ancien fleuve Satis ait constitué la frontière nord entre la Nervie et l’Atrébatie, la séparation entre ces deux territoires se poursuivant vers le sud le long de l’Agache ou de l’Hirondelle, affluents droits de la Satis. La vallée de la Sensée a marqué, du Ve au Xe siècle, la limite entre les comtés d’Ostrevent (Artois) et du Cambrésis (Lotharingie).

     Mais l’hypothèse de la bataille sur la Satis nous paraît difficilement recevable, pour plusieurs raisons : 1°) il n’est pas certain que les divisions historiques mises en place par les mérovingiens puis les carolingiens respectassent les frontières des territoires de la Gaule ; 2°) il faudrait redéfinir les trois jours de marche des légions romaines en admettant qu’une fraction de cette approche, depuis Amiens, se soit fait chez les Ambiens, et que l’autre partie ait eu lieu per eorum fines, c’est-à-dire le long de la frontière nervienne, soit : le long de l’Agache ou de l’Hirondelle ou de l’Escaut ; 3°) les Romains auraient implanté leur camp sur le territoire nervien (devant la Satis, sur sa rive droite), les Gaulois se seraient rassemblés en Atrébatie (derrière la Satis, sur sa rive gauche) ; or il semble que tout ce qui concerne les Gaulois, dans le récit de César, se rapporte aux Nerviens plutôt qu’aux Atrébates : Les Ambiens ont pour voisins les Nerviens, sur lesquels César diligente une enquête (G. des G., II-15) ; les Nerviens ont pris position de l’autre côté de la rivière avec leurs voisins les Atrébates et les Viromandues (II-16) ; des espions belges vont de nuit chez les Nerviens (II-17) ; la bataille a réduit à néant la nation des Nerviens (II-28 ), etc. Et toute cette interprétation des lieux et des faits, en oubliant qu’elle repose essentiellement sur une fragile et discutable hypothèse : César s’est trompé, il a confondu Sabis et Satis

     D’après un ancien manuscrit anonyme du commencement du XIIIe siècle, déposé à la BNF, sous le titre d’Histoire ancienne jusqu’à César, la bataille se serait déroulée sur une rivière nommée Seis (cf. Guy Renaud de Lage, Les premiers romans français, Publications romanes et françaises, vol. CXXXVIII,  Droz 1976, pp. 10-11). Bien que ce manuscrit soit truffé de confusions, d’imprécisions et d’erreurs, et qu’il n’emprunte presque jamais au texte éponyme de César, il est néanmoins curieux de constater que le nom de la rivière Seis est proche de celui de Ses, attesté depuis le XIIIe siècle pour désigner la Selle (les études réalisées sur ce manuscrit présentent son auteur comme probablement originaire du nord de la France). Nous devrions ajouter cette citation à notre propre explication… Mais c’est sur une autre interprétation que le texte en question appuie sa démonstration : après avoir donné au toponyme Seis l’étymologie fantaisiste de "assez" parce que les habitants de la contrée en auraient eu assez (?!, adverbe latin satis = assez, suffisamment), il oppose Seis et Nonseis, et suggère une consonance calembourdiste (en nostre language) avec Sans-seis, autrement dit : la Sensée. Etymologie ô combien farfelue, quand on constate que la Sensée se nommait Sensada au Xe siècle (acte royal, 920) et s’est écrite ensuite Senset.
     La rivière incriminée serait donc la Satis, ancien nom, comme nous venons de le voir, de la Sensée avant son détournement au Xe siècle. A moins qu’il faille préférer la Scarpe aux environs d’Arras, puisqu’elle était également la Satis.
– Et voilà par quels autres détournements, de sens en l’occurrence, on parvient à "démontrer " une thèse… Comment admettre une telle opinion qui contraint, d’une part, à faire l’hypothèse d’une improbable erreur de César (Satis déformée en Sabis) ; et d’autre part, à inventer une étymologie aussi tordue (Seis > Nonseis > Sans-seis > Sensée).


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MessagePosté le: Mar 13 Juil - 11:26 (2010)    Sujet du message: La Sabis : lire l'invisible... Répondre en citant

Je suis content de voir Mr Bigotte rectifié son erreur en faisant reapparaitre la SCARPE : ex-satis dans le décor de cette epoque.
Sa descriptions comportent quelques erreurs, que je ne manquerai pas de rectifiés, des que j'ai un peu de temps.

Mr Olivier Legrand fait bien apparaitre la Scarpe,mais malheureusement tel quelle fut détournée en 950 apjc... et non le reflet de cette periode
gauloise.

De satis a sabis : il ne manque pas grand chose!!!, et l'erreur d 'un copiste est tout a fait envisagable

La satis a un endroit precis mesurée 900m de large,des berges encores visibles aujourd'hui font 10m de hauteur : un veritable bras de mer!!!
qui aurait pu inviter CESAR a employés ces superlatifs "transire latissimum flumen", "adscendere altissimas ripas".

Cette riviere n'existe plus aujourd 'hui,il faut juste se l'imaginer...: J'ai l'intime conviction qu'un memorial dedié a cette bataille existe bel et bien...

Je reviendrais sur tout ça! des que je peux.

Flyingfr.


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MessagePosté le: Jeu 22 Juil - 06:04 (2010)    Sujet du message: Contre l’hypothèse de la Satis (II) Répondre en citant

Contre l’hypothèse de la Satis  (II)

Réponse apportée par Monsieur André Bigotte :

Remerciements à Flyingfr (alias M. Driguet) pour ses précisions éclairées sur l’ancien fleuve Satis. Nous n’avons pas écarté la thèse de ce cours d’eau, mais souhaitant éviter toute polémique déclarée, avons préféré évoquer, de façon un peu digressive, les différentes solutions au fur et à mesure de leur apparition dans la discussion. Quelles que soient l’insistance et la minutie des controverses que nous mettons en place, elles s’inscrivent toujours dans un rapport d’estime et de sympathie dû à l’érudition et à l’acuité des observations qui nous sont faites par nos divers interlocuteurs. Évidemment, sans que cela ne diminue en rien la rigueur du débat.

- D’abord, deux points d’accord avec M. Driguet :

1°) C’est la Scarpe (Scarbus) qui a changé de lit, suite au détournement entre Vitry-en-Artois et Biache où un canal fut creusé pour réaliser la jonction avec la Satis. Nous n’avons jamais soutenu que la Sensée avait été détournée : cet affluent rive droite de la Satis a donné son nom à la portion de rivière coulant d’ouest en est jusqu’à sa rencontre avec l’Escaut. Dès lors, le nom de la Satis a disparu, remplacé par ceux de la Scarpe et de la Sensée.

2°) La Satis était vraisemblablement un fleuve très important, large, profond, au débit puissant, et navigable. Ce n’est qu’après le Xe siècle qu’elle est devenue, dans son parcours de l’actuelle Sensée, une vallée marécageuse et tourbeuse. Il est tout à fait probable que la vallée de la Satis ait constitué un segment de zone frontalière orientale entre la Nervie et l’Atrébatie, entre Bouchain à l’est et Palluel à l’ouest (au niveau de l’Hirondelle ou de la Sensée ?, soit jusqu’aux environs d’Haucourt ou de Baralle ?). La délimitation entre les deux territoires nervien et atrébate longeait ensuite le cours de l’Escaut (cf. la thèse d’André Leduque, Recherches topo-historiques sur l’Atrébatie, Univ. de Paris, 1966, chap. III, p. 28-41).

- Mais quatre ou cinq points de désaccord :
 
1°) La Sabis de César n’est pas la Satis, les deux rivières existaient au temps de la conquête romaine, mais il n’y a aucune raison pour que César ait commis une confusion due à la ressemblance des deux toponymes, eût-elle tenu à une seule lettre. D’autant plus que la Satis était alors un fleuve important, donc très bien connu des populations de la contrée qui ont renseigné les Romains. En revanche, la Sabis, dans l’hypothèse dont nous débattons, aurait dû demeurer complètement inconnue de César, puisque située hors du champ de ses opérations militaires. L’erreur (graphie Sabis au lieu de Satis) reposerait donc sur une de ces pétrifiantes coïncidences dont parlait André Breton…

2°) La fin de la narration césarienne, après la longue description des dégâts occasionnés dans les 7e et 12e légions, et l’intervention de César auprès de ses soldats (II-25, -26), change complètement de forme et de rythme : - le général romain perd la maîtrise des opérations (c’est Labiénus et les deux dernières légions qui sauvent la situation, II-26) ; - puis les événements se renversent et s’accélèrent (moins de dix lignes pour rapporter ce brusque retournement des choses, II-27) ; - enfin, la description purement historique fait place à une mise en scène qui transfigure le réel (II-27, -28, voir infra).

De ce point de vue, l’indication finale d’une rivière très large aux berges fort élevées (II-27) ne nous paraît pas plus réaliste que la mention de la position très forte (subire iniquissimum locum = les Gaulois auraient affronté un lieu qui leur était très défavorable) dont César, dans le même segment de phrase, qualifie l’établissement de son armée et de son camp. Qui pourrait sincèrement croire à une position stratégique aussi exceptionnelle que le prétend le général romain, quand on constate :
a)    que les Gaulois ont le double avantage des haies épineuses (ces haies seront une gêne considérable pour les Romains sur le champ de bataille, empêchant la vue, la bonne disposition des légions, et l’unité de commandement, II-22), et de la forêt dense (les légions n’oseront pas s’y aventurer, sauf l’aile gauche au début des combats, quand tous les Atrébates de ce côté-là seront tués ou mis en déroute, II-23). Alors que les Romains ont seulement le bénéfice de la colline (qui a pu cacher aux Gaulois l’arrivée des six légions, mais l’attaque massive faisait sans doute partie du plan des Nerviens), et celui de l’éloignement du camp (les Atrébates seront essoufflés en tentant d’atteindre le camp, mais les autres Gaulois s’accommoderont de la distance et parviendront jusqu’au camp) ;
b)    que le camp romain lui-même n’est sans doute pas tout à fait terminé (du moins dans sa partie sud, à l’arrière) quand commence la bataille, puisque César doit rappeler ses soldats en train de le construire. Quant aux troupes, elles n’ont pas pu adopter la formation habituelle, à cause de la configuration du terrain. Aussi bien, les chances étaient-elles trop inégales César conclut-il sans ambages (II-22) ;
c)    qu’en revanche, la stratégie gauloise a réussi : - à choisir le site précis de la bataille ; - à prendre de vitesse une armée romaine aguerrie ; - à dégarnir deux flancs du camp romain ; - à faire fuir tous les légionnaires, même les plus courageux ; - à mettre en piteux état les deux légions de l’aile droite ; - à envahir le camp romain ; - à obliger César à intervenir lui-même en première ligne.

En ″accusant″ la rivière d’être très large et profonde, et la position romaine très forte, en faisant conséquemment l’éloge de l’ennemi (chose rare chez César, note L.A. Constans, Guerre des Gaules, op. cit., p. 90), César ne tente-t-il pas d’expliquer et de justifier les difficultés qu’il a rencontrées pour battre des adversaires aussi courageux, aussi valeureux, aussi téméraires, aussi puissants, aussi déterminés ? L’exagération par laquelle il exprime ici son admiration appuyée pour l’ennemi est encore accentuée par le tableau épique de la fin des combats décrivant les Gaulois en héros surhumains, se battant jusqu’au dernier, grimpés sur le monticule des cadavres de leurs compatriotes (cette démonstration désespérée à la dimension quasi légendaire est un morceau d’anthologie suivant cité). Manière a contrario de rendre également un discret hommage à ses lieutenants et à ses légionnaires. Et, simultanément, façon à la fois de dissimuler ses imprudences et ses revers (l’armée romaine n’a dû son salut qu’à l’arrivée in extremis de trois légions), et de nier une stratégie gauloise parfaitement au point (les Gaulois auraient choisi un mauvais emplacement pour la bataille…). Les superlatifs de cette fin de texte relèvent de toute évidence d’une rhétorique de l’hyperbole et du mélioratif.

Le même procédé est mis à l’œuvre lors du dénombrement des pertes nerviennes : quelques chapitres avant la bataille, César avait annoncé 50.000 combattants nerviens (II-4) ; après la bataille, ce chiffre est curieusement porté à 60.000. Inadvertance de César ? Contradiction dans son texte ? Ne serait-ce pas plutôt pour rendre plus sensibles les pertes subies par les Gaulois ?

3°) La rivière sur les bords de laquelle s’est déroulée la bataille n’était donc peut-être pas très imposante. La preuve : la profondeur de l’eau était d’environ trois pieds, soit à peine un mètre (II-18 ). Bien que nous soyons en pleine saison d’été, cette indication est-elle compatible avec un fleuve aussi considérable que la Satis à l’époque de César ? Les soldats gaulois et les légionnaires ne semblent pas avoir éprouvé la moindre difficulté à traverser plusieurs fois la rivière, et celle-ci ne paraît pas non plus avoir constitué un obstacle majeur au cours du conflit, au contraire des haies épineuses et de la forêt.

4°) Il est difficile de concevoir le déroulement de la bataille sur un fleuve frontalier comme la Satis. Cela imposerait le positionnement des troupes gauloises sur le territoire atrébate : Tous les Nerviens avaient pris position de l’autre côté de la rivière (II-16). Or, on le voit ici mais également tout au long du texte de César, ce sont les Nerviens qui sont concernés au premier chef par la bataille (l’ennemi gaulois en général est désigné du vocable latin hostis / hostes / hostem) : les Nerviens sont les voisins des Ambiens (II-15) ; ils sont l’armée la plus nombreuse parmi les quatre peuples belges de la coalition (II-4) ; des espions belges les renseignent sur l’armée romaine (II-18 ) ; ils sont commandés par Boduognatos, seul patronyme cité (II-23) ; la bataille réduit presque à néant leur nation et leur nom (II-28 ) ; leurs députés font soumission à Rome (ibid.) ; César leur accorde certains privilèges (ibid.), etc.

5°) Il faudrait reprendre le texte de César et en redistribuer les principaux composants dans l’économie générale de la bataille en question : les trois jours de marche sur le territoire ambien, l’emplacement du camp romain, les haies épineuses nerviennes, la colline descendant vers la rivière, la forêt dans laquelle se cachent les Gaulois, la situation du camp romain par rapport à la rivière, etc. Il ne s’agit pas, dans cette première approche, de déterminer avec plus ou moins de précision, les sites des camps romain et gaulois, bien que dans l’option de la Satis, il faille certainement les chercher sur les rives sud et nord de la Sensée entre Palluel et Bouchain. Plus à l’ouest de Palluel, la rencontre aurait eu lieu en territoire intégralement atrébate, et l’armée de César partie d’Amiens aurait suivi un itinéraire dirigé résolument vers le nord, s’éloignant ainsi à la fois des Nerviens dont il est constamment question, et des Atuatuques que les légionnaires poursuivent dans leur fuite vers l’est.

Puisque ni la géographie ni l’archéologie ne semblent pouvoir apporter, en leur état actuel, une réponse en prise directe sur le texte de César, c’est-à-dire prononcer une vérité adéquate absolument définitive, il faut, pensons-nous, accepter le parti de prendre tel quel le texte de César (lui au moins est définitif et authentique, en y intégrant, si l’on veut, les variantes, corrections, etc. fournies par les divers manuscrits consultés, par exemple, par L.A. Constans), et considérer ce texte, en ses grandes lignes comme en ses plus petits détails, infiniment ouvert aux légitimes interprétations et objections que permet le principe de connaissance. Partir du texte et y revenir toujours.




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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:01 (2017)    Sujet du message: La Sabis : le scenario le plus abouti a ce jour

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