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Histoire Haspres
Histoire de la ville d Haspres, son patrimoine, sa mairie aux allures de petit Kremlin, sa prévôté, son clocher et son église, l'ancienne prison ou corps de garde de l'armée russe en 1815, son moulin, ses sociétés locales actuelles et passées.

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Pourquoi, malgré les apparences et les acariâtres

 
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Olivier


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MessagePosté le: Sam 27 Juin - 06:13 (2009)    Sujet du message: Pourquoi, malgré les apparences et les acariâtres Répondre en citant

Pourquoi, malgré les apparences et les acariâtres, il s’agit d’Achard et non d’Achaire

ACHAIRE


Que l’on écrive Achaire (Acharius, Aicharius, Aycharius), ou Acaire (Acarius, Aicarius), il est à remarquer que le nom ne comporte jamais de lettre /d/. Il s’agit d’un personnage notable et influent, qui fut moine à Luxeuil, puis nommé évêque de Noyon et Tournai en 621 (selon le Gallia christiana, t. IX) : la date n’est pas certaine, ce qui est plus sûr c’est qu’Achaire occupait les deux sièges épiscopaux quand il apposa sa signature sur l’acte du concile de Clichy, réuni à la demande du roi Clotaire II le 29 septembre 626 ou 627. Les détails de sa biographie manquent, on ne possède pas sa Vita : les informations dont nous disposons proviennent essentiellement des vies des saints Eustase, Amand et Omer.

A une époque où les évêchés réunis de Noyon et Tournai étaient parmi les plus importants au nord de la Gaule, et n’étaient séparés que par une partie du diocèse de Cambrai, Achaire eut un rôle déterminant de conseiller et de confident en matière ecclésiastique à la cour de Dagobert Ier, roi des Francs de 629 à 638 qui amplifia l’effort missionnaire. Il siégea au concile de Reims en 625 ou 630 avec quarante autres évêques. Il assista au sacre d’Aubert évêque de Cambrai, à Arras le 21 mars 633. Il intervint lors de la nomination d’Amand à l’abbaye d’Elnone vers 635 (aujourd’hui Saint-Amand-les-Eaux) et de celle d’Omer à l’évêché de Thérouanne en 637. Son action fut primordiale pour l’extension du christianisme dans les vallées de l’Escaut, de la Scarpe et de la Lys, régions encore fortement soumises aux influences païennes, et où il prescrivit la construction de monastères. Son œuvre n’alla pas sans rencontrer une résistance qui lui fit endurer maints injustices et traitements offensants. Il se fit aider, dans cette considérable et difficile tâche d’évangélisation, par Amand qui lui fut un précieux auxiliaire chargé plus spécifiquement de la région de Gand et de Tournai : Amand fonda de nombreuses abbayes dont celles de Nivelles, de Saint-Amand et de Marchiennes. Achaire entretenait également de fructueux rapports avec d’autres artisans de la conversion apostolique, comme Géry et Aubert évêques de Cambrai, et des adeptes du courant spirituel irlandais du moine Colomban.

Il mourut sans doute le 27 novembre 639 ou 640 (selon la Vie de saint Eloi qui lui succéda à Noyon / Tournai et fut sacré quelques mois après, le 13 mai 641). Il fut inhumé dans l’oratoire de Saint-Georges, en dehors des murs de Noyon (qui devint ensuite l’église abbatiale Pierre-et-Paul, puis l’église paroissiale Sainte-Godeberthe). Ses restes furent par la suite transférés à la cathédrale, et dispersés à la Révolution française.

C’est d’Acaire que certains lexicographes tirent l’adjectif acariâtre. Nous avons dit ici ce que nous pensions de cette étymologie (voir sur ce forum : Saint Achaire / Acaire : entre tradition et questionnement). Il est même probable que cette fausse origine, par un effet rétroactif, ait fourni à la biographie de l’évêque de Noyon, quelques épisodes controuvés comme celui du tempérament colérique qu’aurait possédé Achaire, ou des miracles qu’il aurait opérés sur des personnes atteintes d’un mauvais caractère. En tout cas, « le mal saint Aquaire » ou  « – saint Acaire » concernait bien l’évêque de Noyon, et nullement l’abbé de Jumièges pour lequel on aurait plutôt parlé de « mal saint Achard » ou  « – saint Acard ». Par ailleurs, toutes les citations rapportées dans notre précédent article étymologique affèrent également à Acaire ou Aquaire, forme picarde d’Achaire, et attestent que dès le XII e ou XIII e siècle la confusion entre les deux personnages était solidement installée. A telle enseigne que, jusqu’au XIX e siècle, certaines hagiographies attribuent à l’un des ecclésiastiques des segments de biographie qui appartiennent à l’autre.


ACHARD 

15 septembre 687. Mort à Jumièges d’Achard ou Achart (Acardus), ou Aycadre (Aicadrus, Aichardus), ou Aycard (Aicardus, sur la gravure représentant les patrons d’Haspres extirpant une araignée de la tête de malades) : il est à noter la constante présence, dans l’écriture du nom, de la lettre /d/ ou de sa variante affaiblie /t/, soient-elles muettes. Nommé abbé de Jumièges en 682, il s’acquitta de sa mission avec beaucoup de dévouement. Néanmoins, sa personnalité est loin d’être aussi documentée et aussi notoire que celle d’Achaire, et sa biographie, sans doute rédigée par l’abbé Annon de Jumièges en 942 (Vita Aichardi éditée dans les Acta Sanctorum ordinis Sancti Benedicti, par Jean Mabillon, vol. II, 1669, p. 952-953), est remplie de combats contre le démon (symbole de la résistance des traditions païennes) ou au contraire de rencontres avec l’ange. Ces légendes n’ont pas, bien sûr, de commune mesure avec la qualité des travaux de christianisation accomplis par l’évêque de Noyon : seule une vague paronymie peut apparier les deux hommes. Le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques que nous citerons ici à plusieurs reprises, affirme que ses reliques furent transportées temporairement à Haspres au IXe siècle, puis ramenées à Jumièges où elles restèrent définitivement (vol. I, 1913, p. 307) : nous pensons que cette assertion est une interprétation fautive du rachat de 1037 (voir plus bas).


HUGUES

8 avril 732 ou plutôt 734. Mort à Jumièges d’Hugues, évêque de Rouen en 719 (depuis 631, les évêques de Rouen portaient le titre d’archevêque), abbé de Fontenelle en 723, évêque de Bayeux et de Paris en 724, abbé de Jumièges. Il appartenait à la famille des rois carolingiens : il aurait été fils de Drogon, duc de Champagne, lui-même fils de Pépin II d’Héristal, maire du palais d’Austrasie ; il était donc le neveu de Charles Martel, fils de ce même Pépin d’Héristal (d’après la Chronique de Saint-Wandrille, in Gesta Abbatum Fontanellensium, IXe siècle). La biographie d’Hugues (Vita Hugonis), sans doute composée par l’abbé Annon de Jumièges en 942, a été publiée en 1969 par J. van der Straeten, dans les Analecta Bollandiana, vol. 87. Une autre biographie fait partie des Gesta sanctorum Patrum Fontanellensis coenbii, rédigés au IXe siècle et publiés en 1936 par Lohier et Laporte. Malgré le cumul de ses fonctions, nonobstant l’excellente administration de ses domaines, et en dépit des « bonnes œuvres » qu’il accomplit en dotant généreusement les monastères où il exerça, le rôle de ce saint personnage n’est pas bien connu, il ne paraît pas avoir réalisé de très puissantes choses, du moins qui puissent être comparées avec l’activité évangélisatrice d’Achaire de Noyon. Il fut inhumé en l’église de la Vierge Marie à Jumièges. Ses reliques furent transportées à Haspres ; plus tard, un bras en fut détaché pour être remis à Jumièges ; une autre partie des reliques fut donnée à la cathédrale de Rouen en 1309.

Il est parfois confondu avec Hugues, abbé de Saint-Quentin en 822, abbé de Lobbes et de Saint-Bertin en 836, mort au combat en 844, fils bâtard de Charlemagne, et donc demi-frère du roi de France Louis Ier le Pieux. La vie de ce Hugues de Saint-Quentin est signalée par de nombreux miracles (fables ridicules dit Larousse dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, t. IX, 1873), dont celui de la guérison d’un malade possédé du démon. D’un côté, une confusion a peut-être appliqué ce prodige à son homonyme Hugues de Jumièges. D’autre part, la mitoyenneté des reliques en la prévôté d’Haspres a pu provoquer un effet de contamination qui a transmis le pouvoir guérisseur d’Achard, à son confrère Hugues.


ESSAI  DE  CHRONOLOGIE  HASPRIENNE  COMMENTÉE

687. Selon la tradition issue de Jacques de Guise, la prévôté d’Haspres est fondée par Pépin II d’Héristal après sa victoire remportée à Tertry sur les Neustriens. L’établissement aurait été ensuite remis à l’abbaye de Jumièges (Normandie). La date est contestée : Simon Leboucq (Histoire ecclésiastique de la ville et comté de Valenciennes, 1650) se trompe certainement en optant pour une fondation par Pépin le Bref en 760 ; le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques, publié par Baudrillart, De Meyer, Aubert et Van Cauwenbergh (vol. XXIII, 1990, pp. 486-488) doute d’une fondation remontant au VIIe siècle et demande de prendre avec circonspection la date de création du prieuré, et celle de son appartenance au monastère de Jumièges.

Entre 841 et 851. Les Normands pillent et incendient l’abbaye de Jumièges. Les moines s’enfuient et se réfugient à Haspres (ad villam Hasprium disent les Gesta des évêques de Cambrai, Gesta episcoporum Cameracensium, 1024), en y apportant les reliques d’Achard et d’Hugues, leurs anciens supérieurs. Le même Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques suit les historiens de Jumièges et retarde cet exode vers Haspres à la date de 867.

Vers 876-879. Selon certains historiens, on transporte à Douai les reliques conservées dans les monastères d’Elnone (Saint-Amand), de Denain, d’Haspres, de Marchiennes, de Maubeuge, de Merville. Les Normands attaquent Douai mais sont repoussés : leur échec est attribué aux mérites des saints. Les reliques d’Achard et d’Hugues (après avoir transité par Saint-Omer ?) rejoignent ensuite le prieuré d’Haspres ; elles y opèrent des miracles, selon les anciennes chroniques.

Est-ce à cette époque (après la mort d’Hugues en 734) que l’abbaye de Jumièges dédicace l’église d’Haspres aux abbés Hugues et Achard ? Car, bien que les changements de noms ne soient pas si rares (à Cambrai, l’église édifiée par l’évêque Géry et dédiée à saint Médard, fut rebaptisée Saint-Géry quand celui-ci y est inhumé en 626), il ne semble pas que l’église d’Haspres n’ait jamais été sous l’invocation d’Achaire, non plus qu’aucune autre paroisse du diocèse de Cambrai-Arras. Redisons-le une fois pour toutes : Achaire n’a strictement rien à voir ni avec Jumièges, ni avec Arras, ni avec Haspres. C’est Achard, abbé de Jumièges, dont les reliques sont à Haspres. En effet : la charte que Baudoin V, comte de Hainaut, octroie à la prévôté d’Haspres en 1176 (Lille, ADN, série B) mentionne l’église Sanct-Aychardi ou Aycardi. De son côté, l’historien Jacques de Guise,  dans son Histoire de Hainaut (1390) cite Hugonis et Aycadre, c’est-à-dire Achard.

Vers 942. La paix revenue et la communauté de Jumièges restaurée, l’abbé de Jumièges envoie à Haspres des moines pour réclamer les corps des deux saints. Le prieur d’Haspres refuse. Une convention est signée entre Jumièges et Haspres, sous l’autorité de l’empereur Otton le Grand (le Hainaut était terre d’Empire depuis 843) et de l’évêque Fulbert de Cambrai (le siège épiscopal avait été transféré d’Arras à Cambrai vers 586) : les reliques resteront définitivement à Haspres.

942-944. C’est probablement Annon, abbé, de Jumièges de 942 à 945, qui compose à Jumièges et non à Haspres, les biographies d’Achard et d’Hugues, consignées dans des manuscrits anonymes conservés à la Bibliothèque de Rouen.

13 janvier 1024. Jumièges cède le prieuré d’Haspres à l’abbaye Saint-Vaast d’Arras contre le prieuré d’Angicourt (Oise, diocèse de Beauvais). L’échange est approuvé par le duc de Normandie Richard II ; la confirmation de cette possession est établie le 13 mai 1107 par une bulle du pape Pascal II.

1024-1025. Juste après la cession à l’abbaye d’Arras, sont rédigés les Gesta des évêques de Cambrai (Gesta episcoporum Cameracensium, livre II, chap. 29) qui relatent l’attaque de l’abbaye de Jumièges par les Normands, la fuite des moines qui trouvent refuge dans leur prieuré d’Haspres et y transportent les reliques d’Achard et d’Hugues.

1025. L’abbaye Saint-Vaast d’Arras reconstruit l’église d’Haspres (?) et développe un culte à Achard de Jumièges. Ce culte est effectivement cité dans les litanies du sacramentaire de Cambrai. Lors de la dédicace de Saint-André du Cateau-Cambrésis le 22 septembre 1025, sont rassemblées les reliques des saints Achard, Aubert, Géry,  Ghislain, Maxellende, Saulve, Wanulphe, etc. La chose se reproduit lors de la grandiose cérémonie pour la consécration du Saint-Sépulcre de Cambrai (future cathédrale Notre-Dame) le 18 octobre 1030. Par ailleurs, l’abbé d’Arras fait transporter dans son établissement, sans doute entre 1024 et 1037, un bras de chacun des deux saints, prélevé sur les reliques d’Haspres (l’évêque de Cambrai, pour sa part, conserve parmi les reliques les plus précieuses, un bras de saint Georges).

Décembre 1037. L’abbaye de Jumièges a des difficultés financières, elle demande à Saint-Vaast d’Arras le rachat du prieuré d’Angicourt qui lui avait jadis appartenu. Arras propose de remettre à Jumièges un bras de chacun des deux saints qu’elle conserve dans son église et une somme d’argent de 100 livres. La remise de ces objets a lieu au mois de mars suivant.


Bibliographie

Jacques de Guise, Histoire de Hainaut (Annales Hannoniae, livre XIV, chap. 6- 8 ), 1390, traduction française de Fortia d’Urban, vol. IX, Paris 1830 : vies d’Achard et d’Hugues de Jumièges.

Charles Mériaux, Gallia irradiata. Saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Age, Franz Steiner Verlag, 2006.

Jacques Le Maho, La production éditoriale à Jumièges vers le milieu du Xe siècle, 2001.

Alfred Baudrillart, Roger Aubert, etc., Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques : saint Achaire, saint Achard, vol. I, 1926 ; Haspres, vol. XXIII, 1990 ; saint Hugues, vol. XXV, 1994.



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MessagePosté le: Sam 27 Juin - 06:13 (2009)    Sujet du message: Publicité

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