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Histoire Haspres
Histoire de la ville d Haspres, son patrimoine, sa mairie aux allures de petit Kremlin, sa prévôté, son clocher et son église, l'ancienne prison ou corps de garde de l'armée russe en 1815, son moulin, ses sociétés locales actuelles et passées.

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Achaire ou Achard, une histoire de transfuge ?

 
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Olivier


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MessagePosté le: Mer 3 Juin - 06:05 (2009)    Sujet du message: Achaire ou Achard, une histoire de transfuge ? Répondre en citant

La question concerne deux personnages distincts, portant des noms certes paronymiques mais différents, vivant à un demi-siècle d’intervalle, et actifs dans des régions relativement éloignées (le premier dans le Hainaut-Cambrésis, le second en Normandie). C’est l’évolution phonétique des deux patronymes, et l’apport des reliques à Haspres, qui ont produit l’indifférenciation des noms et des vocations. On consultera avec profit l’ouvrage de Charles Mériaux (maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Lille III), Gallia irradiaca. Saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Age, Édit. F. Steiner Verlag, 2006.


1°) Saint Achaire, évêque titulaire des deux sièges de Noyon et Tournai, l’un des évêchés les plus importants de France (c’est à Noyon que Charlemagne et Hugues Capet furent sacrés rois). Personnage plutôt célèbre, le rôle important que Saint Achaire a joué pour l’évangélisation de notre région lui a acquis une notoriété indiscutable ; selon la légende, il était sujet à de violentes colères ; il est mort vers 638 : ses reliques avaient la réputation de guérir les malades atteints de dérangement mental. Son nom latin est Acarius, que la phonétique historique a transformé en Acaire par l’action de plusieurs phénomènes linguistiques :

- la consonne palatale /k/ suivie de la voyelle tonique /a/ est passée au son /ch/ :  Acarius a donné Achar(e) de la même façon que le latin accaptare a donné acheter ;

- dans le même temps, l’influence de cette consonne palatale a provoqué une fermeture de la voyelle /a/ qui la suit : Achar(e) a donné Achaire ;

- le dialecte picard en usage dans les régions du nord de la France a entraîné un phénomène de  palatalisation qui a fait régresser le /ch/ suivi de la voyelle /a/ vers le /k/ d’origine : Achaire est devenu Acaire, selon la même procédure qui a amené le français acheter à la prononciation picarde acater.


2°) Saint Achard, abbé de Jumièges en Normandie ; il est plutôt moins connu, surtout dans nos régions ; sa réputation repose essentiellement sur les miracles qu’il aurait opérés et les légendes diaboliques ou angéliques dont il fut le héros ; il est mort en 687 : ses reliques ont été transportées à Haspres vraisemblablement dans le courant du 9e siècle.

- Son nom latin est Aichardus, que l’évolution phonétique a amené, selon les mêmes règles que celles énoncées ci-dessus, à la forme Aichard, que le picard a prononcé Aicard. [Une autre forme latine [b]Aicadrus[/b], qui passe pour être le nom authentique du personnage, est à l’origine de Aicadre, encore écrit Aycadre].

- l’initiale /Ai/ s’est mutée en /A/, peut-être par assimilation avec la seconde voyelle /a/ accentuée : Aichard s’est dit Achard, comme le latin mercatum a donné marché. Il faut remarquer ici que pour Achaire / Acaire de Noyon, l’initiale ne s’est pas transformée mais est demeurée telle quelle (Aicaire n’existe pas, sauf dans un tout petit nombre de textes fautifs).

- à partir de Achard, le picard a créé la forme Acard pour les mêmes raisons que Achaire s’est palatalisé en Acaire.

- enfin Acard, par l’action fermante du /k/ sur la voyelle /a/ qu’il a fait évoluer en /é/, est devenu à son tour Acaire, comme le latin carus a engendré l’adjectif cher.

Ainsi, le même patronyme Acaire a pu désigner simultanément, pendant une période évidemment difficile à définir, les deux personnages religieux, l’évêque de Noyon et l’abbé de Jumièges. D’où les confusions que l’on trouve un peu partout, et pratiquement à toutes les époques. D’où aussi la facilité à donner Acaire comme étymologie de l’adjectif acariâtre. D’où encore la difficulté à référer le « mal Saint Aquaire » au mythe de l’évêque ou à celui de l’abbé (voir sur ce forum : Saint Achaire / Acaire, entre tradition et questionnement). D’où enfin l’équivoque qui s’attache au patronage de certaines paroisses, et qu’il importe de tenter de lever.


- A Haspres, après que Jumièges ait abandonné le prieuré à l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras en 1024, s’est développé un culte particulier aux reliques de Saint Achard de Jumièges, auxquelles a été attribué ce qui appartenait à Saint Achaire ou Acaire, c’est-à-dire le pouvoir de guérir les fous, ou plutôt les acariâtres, car il n’a peut-être jamais été question de folie. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien de l’évêque de Noyon / Tournai : la statue conservée dans l’église tient une crosse épiscopale.

- L’église de Mecquignies (près de Bavay) est aussi sous le patronage de Saint Achard, à qui est conféré le pouvoir de soigner le mauvais caractère : au-dessus de l’autel, un tableau représente ledit saint apprivoisant une mégère. Or, ce n’est pas Achard qui est invoqué pour les acariâtres, mais Achaire, de Noyon / Tournai. L’abbé de Jumièges, à la faveur de la réputation faite à ses reliques, et de l’assimilation des patronymes ramenés à Acaire, a usurpé la place de l’évêque.

- L’église d’Obies, qui était au Moyen Age une succursale de Mecquignies, est sous l’invocation de Saint Aycadre, autrement dit Saint Achard également : elle conserve une statue dudit saint, « vêtu en évêque, car il fut, en même temps qu’abbé de Jumièges, un des premiers évêques de Noyon » (Jean Mossay, En flânant dans l’Avesnois, Édit. du Rotary-Club de Maubeuge, 1974, p.180). Si le commentaire entretient la confusion, l’œuvre d’art, au contraire, fait droit à l’évêque Achaire de Noyon, déjà reconnu à Mecquignies et à Haspres.

- A Mouscron (Belgique, près de la frontière), Saint Achaire est invoqué pour soigner les fièvres et les convulsions, en une chapelle qui recueille des loques, des cordons, des morceaux de tissu. Ici encore, il s’agit du culte rendu à l’évêque de Noyon, réputé guérir les colériques, les agités, en somme : les acariâtres.

Dans tous les cas, c’est à l’évêque Achaire de Noyon / Tournai que sont dédicacées les paroisses citées, mais la collusion phonétique des noms et surtout le culte d’Haspres consacré à l’abbé Achard de Jumièges depuis le XIe siècle et largement répandu dans toute la région, sont à l’origine d’un phénomène de transfert qui a atteint certaines communes avoisinantes, bien qu’elles aient été à l’origine sous le patronage du célèbre évêque de Noyon.


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MessagePosté le: Mer 3 Juin - 06:05 (2009)    Sujet du message: Publicité

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