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Histoire Haspres
Histoire de la ville d Haspres, son patrimoine, sa mairie aux allures de petit Kremlin, sa prévôté, son clocher et son église, l'ancienne prison ou corps de garde de l'armée russe en 1815, son moulin, ses sociétés locales actuelles et passées.

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Point de départ des légions romaines

 
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Olivier


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MessagePosté le: Dim 17 Fév - 13:02 (2008)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

Commençons par fixer le débat au point de départ de César pour monter vers la Nervie : Livre II de la guerre des Gaules 57 AV JC :

César, après trois jours de marche à travers leur pays, appris en interrogeant les prisonniers que la "Sabim" n'était pas à plus de dix milles de son camp; Tous les Nerviens avaient pris position de l'autre côté de cette rivière et ils y attendaient l'arrivée des Romains avec les Atrébates et les Viromandues, leurs voisins, car ils avaient persuadé ces deux peuples de tenter avec eux la chance de la guerre; Ils comptaient aussi sur l'armée des Atuatuques, et, en effet, elle était en route; les femmes et ceux qui, en raison de leur age, ne pouvaient être d'aucune utilité pour la bataille, on les avaient entassés en un lieu que des marais rendaient inaccessible à une armée."

De quel lieu sont partis les Légions Romaines, ou sont ils arrivées après trois jours de marche ?

Nous savons que les Romains sont partis des environs d'Amiens(SAMARABRIVA), et qu'ils se rendent vers la capitale Nervienne BAVAY. Par quel itinéraire probablement le plus direct, c'est à dire en ligne droite.

Quelles sont les limites qui séparent les peuples Atrébates, Ambiens, Viromandu, Rèmes, Atuatuque des Nerviens ?

Ce point est essentiel dans la réflexion du point de vue stratégique, jusque ou les Nerviens ont ils laissés s'avancer César. D'autant que nous savons que César ce méfie des Nerviens, il les qualifies d'hommes rudes et d'une grande valeur guerrière.

Quelles sont les étapes durant ces trois jours ?

N'oublions pas que nous sommes au mois de juillet, on peut donc croire qu'il faisait chaud. Dans ses conditions à quelle vitesse évoluent les légions romaines, et ou ont elles établis successivement leur campement.


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MessagePosté le: Dim 17 Fév - 13:02 (2008)    Sujet du message: Publicité

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leg02420
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MessagePosté le: Dim 18 Jan - 01:22 (2009)    Sujet du message: CAMP ROMAIN Répondre en citant

Une carte ancienne du comté de cambrai  indique l'emplacement d'un camp de césar, au nord-est de CAMBRAI, près d'IWUY.
JjacquesLEGRAND


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R.O.


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MessagePosté le: Dim 18 Jan - 20:33 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

Si je trace une ligne droite entre Amiens et Bavay je récupère le parcours suivant (116 kms):



avec un passage au sud de Cambrai:



et un croisement avec la rivière la Selle sur la commune actuelle de Haussy:



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Olivier


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MessagePosté le: Ven 23 Jan - 07:18 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

La seconde carte est intéressante. En marge du tracé en ligne droite, on voit nettement au dessus de cet axe, démarant de Cambrai à Bavay (capitale Nervienne au moment de la bataille ????) la chaussée (actuelle D114) passant par les communes de : Naves, Villers en Cauchies, Saulzoir, Vendegies, etc... Cette voie dont Villers en Cauchies à garder des stigmates dans son appellation (cauchy signifiant chaussée), est utilisée après la conquête de la Gaule comme voie de communication par les Romains. Mais celle ci devait probablement existé sous des formes plus "rudimentaire" par les Nerviens.

Si César a emprunté cette voie en partant de Cambrai, la bataille s'est donc déroulée dans un rayon d'une quinzaine de kilomètre en partant de ce point.


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R.O.


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MessagePosté le: Ven 23 Jan - 21:08 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

La création d'un réseau de route avec une précision égyptienne me semble en contradiction avec les moeurs des nerviens:

"Leurs demeures n'étaient ni agglomérées en villes, ni rassemblées en hameaux. Dispersées et solitaires, l'une s'élevait au sommet d'une colline, l'autre s'enfonçait à l'extrémité d'un vallon ; assise au bord d'un ruisseau, celle-ci occupait le milieu d'une riante prairie ; celle-là, bâtie à mi-côte, dominait une plaine vaste et fertile. Le plus ou le moins d'agrément on de commodité avait déterminé le choix du site. L'édifice était de forme circulaire, composé de claies enduites d'une terre luisante, et couronné d'un dôme de paille ou de roseaux.Tout autour régnait une haie épaisse surmontée. d'espace en espace, de la cime haute et touffue des arbres destinés à protéger l'habitation contre la violence des vents. On conservait les grains et les autres provisions dans des souterrains dont l'ouverture était cachée , et qui servaient de retraite en cas de surprise"

Le refus du commerce et le choix d'un mode de vie dont la véritable occupation était la chasse ne favorise pas la création d'un réseau routier.

La présence de cette chaussée avant l'invasion romaine me semble improbable (avis personnel).

Citation en italique: Précis de l'histoire d'Avesnes Par Isidore Lebeau.


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R.O.


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MessagePosté le: Mar 27 Jan - 21:39 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

L'hypothèse du campement sur le site d'Estrun présente les caractéristiques suivantes:

     - Le lieu est situé près d'un point d'eau
     - Sa position est proche de Cambrai (Nord Est)
     - La dénomination du Lieu: Camp de César
     - Le réseau hydraulique au nord et à l'est offre une protection en cas d'attaque à partir de ses 2 directions
       (en vert)



       Le campement sur cette position exige uniquement de protéger ses arrières (Sud Ouest)

       Si je valide cette hypothèse la zone de combat à 10 milles (15 kms) offre 2 possibilités:

               - Possibilité 1: Combat au environ de Solesmes (cela rejoint l'hypothèse du lieu MOURMONT => Mont des morts ?)
           


               - Possibilité 2: Combat au environ de Bermerain (Hermoniacum)



Une 3ème possibilité au sud de la forêt de St-Amand semble peu probable (environ de Famars -> Fanum martis)
http://www.dailymotion.com/relevance/search/famars/video/x73g8n_fanum-marti…
La rhônelle présente des caractéristiques particulières à cette période


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Olivier


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MessagePosté le: Mer 28 Jan - 07:53 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

L'hypothèse du camp romain à Estrun ne me semble pas idéal. Car à la lecture du texte de César la position du camp romain est située sur "une colline toute en pente douce qui descendait vers la Sabis", face au Castrum Nervien. Le camp est donc situé très proche de la Sabis. Les premieres escarmouches entre les premières légions arrivées pour tracer et fortifier le camp romain et les Nerviens semblent en témoigner :

"Pendant ce temps, les six légions qui étaient arrivés les premières, ayant tracé le camp, entreprirent de le fortifier. Dès que la tête de nos convois fut aperçue par ceux qui se tenaient cachés dans la forêt – c’était le moment dont ils étaient convenus pour engager le combat -, comme ils avaient formé leur front et disposé leurs unités à l’intérieur de la forêt, augmentant ainsi leur assurance par la solidité de leur formation, ils s’élancèrent soudain tous ensemble et se précipitèrent sur nos cavaliers. Ils n’eurent pas de peine à les défaire et à les disperser ; puis, avec une rapidité incroyable, ils descendirent au pas de course vers la rivière, si bien que presque en même temps ils semblaient se trouver devant la forêt, dans la rivière, et déjà aux prises avec nous. Avec la même rapidité, ils gravirent la colline opposée, marchant sur notre camp et sur ceux qui étaient en train d’y travailler."

Sans avoir d'avis tranché sur la position du camp romain, il me semble que la position d'Estrun, bien que idéale pour un campement ne coincide pas avec celle de la bataille. Ce serait plutôt une position choisie après la conquête de la Gaule.

Mais le débat est intéressant.


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R.O.


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MessagePosté le: Mer 28 Jan - 19:30 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

Mon hypothèse correspond à la situation du camp de césar après 3 jours de marche (depuis Amiens).

"César marchait depuis trois jours sur leur territoire, lorsqu'il apprit par les prisonniers que la Sabis n'était plus qu'à dix mille pas de son camp ; que tous les Nerviens s'étaient postés derrière ce fleuve; que là, réunis aux Atrébates et aux Véromanduens, leurs voisins, auxquels ils avaient persuadé de tenter avec eux les chances de la guerre, ils attendaient l'armée romaine; que les Aduatiques, dont les troupes étaient en marche, devaient les rejoindre, et qu'ils avaient entassé, dans un lieu que des marais rendaient inaccessible à une armée, les femmes et tous ceux qu'ils jugeaient, à cause de leur âge, incapables de faire la guerre.
Dès qu'il fut instruit de ces détails, César envoya en avant des éclaireurs et des centurions choisir un terrain convenable pour le camp".

Ce récit apporte plusieurs informations:

           - Après 3 jours de marche le camp de César était situé à 10 milles pas de la Sabis.
           - César avait connaissance de la position de son ennemi (à 10 milles pas de l'autre coté de la Sabis).
           - Le choix d'une nouvelle position pour son futur campement était prévu par César.
            
Cette dernière position correspond bien à la zone de combat.


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R.O.


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MessagePosté le: Dim 15 Fév - 12:45 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

Bonjour,

L'émission sur les germains (ARTE ce dimanche 15 février 2009 à 14h00) est vraiment intéressante.

14:00 Les GermainsDe leur première confrontation avec les Romains en 58 avant J.-C. jusqu'au baptême de Clovis à la fin du Ve siècle, une série de quatre documentaires-fiction pour découvrir la véritable histoire des Germains, loin de l'image de barbares incultes inventée par César.




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Olivier


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MessagePosté le: Dim 1 Mar - 16:50 (2009)    Sujet du message: Suggestions de réponses à quelques questions Répondre en citant

Voici une très intéressante analyse de Monsieur André Bigotte, auteur de l'excellent article : http://pagesperso-orange.fr/genealegrand/haspres/haspres_bataille_sabis.htm

LA  BATAILLE  DE  LA  SABIS : suggestions de réponses à quelques questions  

 
Il convient d’abord, je crois, de respecter quelques principes méthodologiques :
 
1. partir toujours du texte originel de César, c’est la seule source documentaire que nous possédons sur cet événement, et ne jamais s’en écarter. En faire une lecture attentive et revenir s’il le faut au texte latin pour en vérifier la traduction. Repérer les lieux de certitude et les lieux d’incertitude (le texte de César n’est pas toujours très explicite) ;
 
2. rapporter le texte de César à ses trois référents extérieurs que sont la linguistique historique, la topographie et l’archéologie ;
 
3. tenir compte de tous les détails d’ordre narratif et descriptif que livre ce texte, aussi ténus soient-ils, et n’avancer aucune interprétation qui soit contredite par le moindre de ces détails. Le texte de César recèle autant de qualités historiques que littéraires ;
 
4. restituer au texte sa cohérence interne, c’est-à-dire sa logique d’ensemble, selon une rigoureuse chronologie qui admet cependant quelques incises explicatives et retours en arrière. Il n’est pas question de résoudre un problème isolé sans le relier aux autres éléments du récit avec lesquels il entretient forcément une étroite relation ;
 
5. reconnaître le statut subjectif du texte en ce que le récit élaboré par César ne rapporte de l’action que ce dont le général romain est le témoin oculaire ou l’acteur direct ; les autres événements ne sont pas relatés ou le sont à contretemps.
 
6. si on ne peut contester la déformation historique que pratique habillement César pour promouvoir sa réputation à Rome, on ne peut lui reprocher un manque d’impartialité : il  reconnaît souvent la compétence de ses généraux et de ses soldats, autant que le courage de ses ennemis. On ne peut contester non plus l’authenticité des évènements rapportés : des témoins des faits étaient susceptibles de confirmer ou non l’exactitude des rapports de César.
 
 
 
La première question qu’articule l’épisode de la Sabis concerne le point de départ des légions romaines dans leur marche vers la Nervie. Après avoir battu sur l’Aisne et soumis les Eduens, les Suessions et les Bellovaques (Guerre des Gaules, II,11-14), César entre en Ambianie et obtient sans combat la soumission des Ambiens (II,15). Il ne cite aucun lieu dans lequel il s’arrête et où il mène son « enquête sur le caractère et les mœurs des Nerviens » (II,25). Mais d’une part, les légions qui campent ont besoin d’être ravitaillées en eau et en nourriture, le camp doit donc se trouver à proximité d’un fleuve et de champs cultivés. Or l’Ambianie est traversée par la Somme (Samara), sur laquelle Samarobriva deviendra Samarobriva Ambianorum (« Pont sur la Somme en Ambianie »), puis au 4e siècle Ambianum, aujourd’hui Amiens. D’autre part, en 54 avant J.C., au retour de la campagne d’Angleterre, César  « tient l’assemblée des Gaulois à Samarobriva » (V,24) : nous sommes donc en présence d’un site important, camp militaire romain ou oppidum gaulois. L’année suivante, l’assemblée de toute la Gaule se réunira à Lutèce. Samarobriva en Ambianie est encore mentionnée au § V,47 (en septembre 54, lors de l’attaque du camp romain de Cicéron par les Nerviens) comme lieu de stationnement d’une légion, de stockage des bagages de l’armée et de réserve de blé nécessaire aux soldats pendant l’hiver. C’est aussi « dans les environs de Samarobriva » que César passe l’hiver 54 avec trois légions (V,53).
 
Il est donc admis par tous les commentateurs que ce site est très vraisemblablement celui où stationne César après la soumission des Ambiens, et à partir duquel il fait route vers la Nervie, puisqu’il a appris peu auparavant que les Nerviens et autres tribus belges voisines « étaient en armes » (II,3-4). Si César ne mentionne pas alors Samarobriva, c’est qu’à ce moment-là il n’y fait qu’un passage rapide puisque les Ambiens « se hâtèrent de faire soumission complète » (II,15).
 
 
La deuxième question est celle du territoire traversé par les légions romaines avant la bataille : l’Ambianie ou la Nervie ? Il faut reprendre le texte latin de César, aux § II,15-16. Venant de recevoir la soumission immédiate des Ambiens, et étant encore dans leur pays (à Samarobriva comme on vient de le voir), César envisage de s’attaquer aux Nerviens : « les Ambiens avaient pour voisins les Nerviens » (II,15) : « Eorum fines Nervii attingebant », littéralement : leur frontière touchait à celle des Nerviens. César prend des renseignements sur les Nerviens et les rapporte dans une incise qui constitue la deuxième partie du § II,15. Puis il marche vers l’ennemi, mais toujours sur le territoire ambien : « Après trois jours de marche à travers leur pays » (II,16) : « Cum per eorum fines triduum iter fecisset ». Le latin FINIS (pluriel : fines) signifie « la frontière », mais aussi « le territoire » entendu à l’intérieur de ses limites. Dans le récit de César, les deux occurrences de l’expression EORUM FINES (« leur pays ») sont donc disjointes par l’incise sur le caractère des Nerviens, mais elles concernent toutes les deux le territoire ambien. César est un grand historien, mais aussi un remarquable écrivain ; son texte est rigoureusement structuré et rédigé, respectueux des exigences de la langue latine. Il n’y a aucune raison pour que « eorum fines » concerne dans le premier cas le pays ambien, et dans le second emploi le pays nervien. César est toujours pour l’instant en Ambianie, il fait avancer ses troupes en territoire conquis, et obtient de la part des prisonniers (« captivis », dont sans doute des Ambiens) des informations sur la position de l’ennemi et la coalition des Gaulois (seconde incise, II,16).
 
 
La troisième question est relative aux étapes ponctuées par les trois jours de marche de l’armée romaine. Ce point est capital puisqu’il détermine en partie la problématique de la localisation de la bataille. De Samarobriva, les légions se dirigent vers la Nervie en empruntant la route la plus directe et la plus courte, celle d’Amiens à Bavay, actuelle D.114, rectiligne et passant à Villers-en-Cauchies, Naves, Saulzoir, Villers-Pol, aujourd’hui interrompue parfois dans son trajet après Vendegies. Elle aboutit (aboutissait ?) à Bavay qui n’est probablement pas la capitale des Nerviens à cette époque, mais seulement une cité de quelque importance (Bagacum n’est pas citée dans la Guerre des Gaules – mais César ne mentionne pas non plus la place forte où se réfugient les Atuatuques après la bataille de la Sabis, et dont il décrit pourtant l’imposant système de défense : rochers, précipices, double muraille élevée et surmontée de pointes, etc., II,29).
 
Les légions n’empruntent probablement pas le chemin qui va de Cambrai à Valenciennes, via Famars, ancien diverticulum mis en place ultérieurement par les Romains pour relier entre elles les villas qu’ils édifient dans ces environs à partir du 1er siècle après J.-C.
 
La route Cambrai-Bavay est probablement déjà tracée du temps des Gaulois, à travers l’épaisse forêt des Ardennes qui couvre tout le territoire nervien (VI,29). Les Gaulois possédaient un réseau routier organisé et entretenu, qui passait à proximité de sites fortifiés, de sanctuaires et d’habitats (voir les travaux de Roger Agache). Ces routes gauloises, César les emprunte tout naturellement pour le déplacement de ses légions ; ainsi, il suivra plusieurs fois la voie qui va d’Amiens à Cologne, via Bavay : lors de l’épisode de la Sabis en 57 (II,16-33), puis en 54 (V,26-52) et en 53 (VI,20-43). Outre cette voie de communication terrestre, la Nervie possédait des voies de communication fluviales, grâce à l’Escaut et à la Sambre.
 
Les soldats romains, chargés de 30 à 40 kg de matériel personnel (armure, casque, bouclier, javelot, pèle, ration alimentaire, etc.) progressent ordinairement de 16 milles par étape (1 mille routier = 1km ½ environ), soit entre 20 et 30 km par jour. Tous les soirs, ils construisent un camp d’étape pour y passer la nuit, à proximité d’eau et de prairies afin de disposer de ravitaillement alimentaire. Parties d’Amiens et suivant la route vers Bavay et Cologne, les légions marchent pendant une trentaine de km et arrivent à Albert ou à proximité, y établissent le premier camp d’étape et y passent la nuit. Le lendemain, ils reprennent la route, parcourent 20 km et s’arrêtent à Bapaume ou dans les environs pour y installer leur second camp d’étape et y passer la nuit. Le lendemain, après avoir parcouru 25 km, ils atteignent Cambrai ou les parages, et y construisent le troisième camp d’étape pour la nuit. La bataille aura lieu le lendemain.
 
Ainsi admettons-nous une progression des légions pendant trois jours sur le territoire ambien et non nervien, pour plusieurs raisons : 
1°) pour atteindre la Sambre, à l’autre extrémité de la Nervie, les Romains auraient dû traverser, en toute tranquillité, toute la forêt des Ardennes dont César évoque le caractère difficilement pénétrable à la vue ( II, 18 ). Lors de la bataille de la Sabis, les légionnaires n’oseront pas s’engager dans les bois où se cachent les Gaulois : « les nôtres n’osaient pas les poursuivre au-delà de la limite où finissait le terrain découvert » (II,19) ;
2°) de leur côté, les Nerviens auraient laissé les Romains parcourir la plus grande partie de leur territoire sans les inquiéter, eux dont on connaît le caractère indépendant et la réputation « d’hommes rudes et d’une grande valeur guerrière » qui « n’acceptent aucune proposition de paix » (II,15) ;
3°) les Atuatuques parviendront sur le champ de bataille une fois le conflit terminé, pour une raison simple : les Nerviens et les deux autres peuples sont cantonnés derrière la Sabis, c’est-à-dire près de la frontière ouest de la Nervie ; or les Atuatuques viennent de l’est et doivent traverser toute la Nervie pour rejoindre les troupes gauloises. En revanche, ce retard serait difficilement explicable si le combat s’était déroulé sur la Sambre, fleuve tout proche du pays atuatuque ;
4°) au temps de la Guerre des Gaules, la Sambre se dénommait Samera, devenue ensuite Sambra par intercalation d’une consonne et nasalisation devant celle-ci. Rien à voir avec Sabis dont nous examinons plus loin l’évolution phonétique.
5°) enfin, la nuit avant la bataille, « des Belges soumis et autres Gaulois qui accompagnaient César » (« Cum ex dediticiis Belgis reliquisque Gallis », II,17) passent chez les Nerviens (« ad Nervios », II,17) et leur apprennent l’approche de l’ennemi et la disposition de ses troupes en marche. C’est donc que l’armée romaine n’est pas encore en Nervie.
 
 
La quatrième question concerne l’entrée des troupes romaines sur le territoire nervien. Arrêtées à Cambrai (ou dans les environs) pour y passer la troisième nuit, les légions romaines sont dès lors en Nervie. L’Escaut, en effet (Scaldis au temps de César qui mentionne le fleuve au chapitre VI,33), appartient au territoire nervien dont il constitue sans doute, sur sa limite ouest, une zone frontalière. Cambrai n’est pas citée dans le texte de César : le site est seulement, pour les Romains, un lieu de campement provisoire pour la nuit. Quant au franchissement de l’Escaut par les légionnaires, il n’a représenté aucune difficulté particulière pour des soldats entraînés et exercés aux techniques militaires. L’année précédente, lors de la guerre contre les Helvètes, un seul jour a suffi aux Romains pour traverser la Saône (fleuve plus large et plus profond que l’Escaut) grâce à la construction d’un pont sur pilotis. Enfin, les deux petits cours d’eau qu’ils rencontrent à hauteur de Naves et de Rieux sont sûrement quasi à sec en ce mois de juillet.
 
En revanche, par deux fois, César avouera la gêne éprouvée par ses soldats dans leur progression (II,17) et sur le champ de bataille (II,22), à cause du système de haies défensives mis au point par les Nerviens pour se protéger de l’intrusion d’étrangers sur leur territoire (branches entremêlées de ronces et de buissons épineux). Il faut noter ici que César ne parle de ces haies épineuses « que le regard même ne pouvait violer »(II,17) qu’après les trois jours d’approche, preuve supplémentaire que cette marche s’est effectuée en territoire non nervien. Les haies vives n’embarrassent l’armée romaine dans sa marche jusqu’à la Sabis, que pendant le quatrième jour. On peut admettre qu’elles ont gêné aussi les Romains vers la fin de la troisième journée, un peu avant qu’ils n’atteignent l’Escaut : « Notre armée étant embarrassée dans sa marche par ces obstacles » (II,17). Ainsi, les espions belges qui ont quitté le camp de Cambrai pour aller informer les Nerviens, ont pu constater la gêne provoquée par les haies lors du déplacement des troupes juste avant l’Escaut. Mais si on s’en remet strictement au texte de César, sans autre supputation, il semble que ces haies entravent d’abord les « éclaireurs et les centurions envoyés en avant pour choisir le campement » ( début II,17, ils en informeront César dès leur retour et leur rapport sur le site choisi pour le camp, II,18 ), puis elles importuneront « la cavalerie envoyée en avant par César » (première phrase II,19, qui se rapporte à une action précédant la marche de toute l’armée romaine). Le combat est engagé juste après.
Par ailleurs, les haies défensives nerviennes joueront un rôle déterminant lors de la bataille, puisqu’elles empêcheront la coordination des légions et l’organisation habituelle du combat du côté romain (« l’unité de commandement était impossible », II,22).
Le territoire nervien est donc protégé par un triple système défensif naturel : le fleuve l’Escaut ; les haies déployées autour de ce fleuve et jusqu’à la Sabis ; la forêt des Ardennes qui s’étend jusqu’au Rhin et forme une frontière avec les Atuatuques.
Quant à la traversée de la pointe sud du pays des Atrébates, pendant la quatrième journée entre Bapaume et Cambrai, il ne faut pas s’étonner qu’il ne soit fait aucune mention de ce peuple : les Atrébates n’inquiètent pas César à ce moment-là puisqu’ils ont décidé de se joindre aux Nerviens et se trouvent donc rassemblés derrière la Sabis.
 
 
La cinquième question est celle de l’identification de la rivière Sabis. Pour tenter d’y apporter une réponse pertinente, sinon définitive, il convient de considérer les deux ou trois points suivants :
1°) il n’y a aucune raison solide qui puisse appuyer l’idée d’une erreur de transcription épigraphique qu’aurait commise, par deux fois, un scribe ayant confondu Sabis et Scaldis (Escaut). Quant à la thèse de la Sambre (Sambrica), nous avons assez énuméré les motifs qui autorisent à la rejeter. Enfin, l’Écaillon, dont l’hypothèse a également été avancée, avait pour nom ancien Scalio, qui n’a rien à voir avec la Sabis.
 
2°) une fois à Cambrai, « son camp n’était pas à plus de dix milles de la Sabis » (II,16), c’est-à-dire à 15 km (1 mille = 1km ½ environ). Or, de Cambrai vers Bavay, c’est la Selle, affluent droit de l’Escaut, qui se rencontre à cette exacte distance.
 
3°) les lois ordinaires de la phonétique historique permettent de jalonner les transformations qu’a subies le toponyme Sabis jusqu’à la dénomination actuelle « Selle », en passant par les étapes attestées Savum, Seva et Sée (voir mon texte sur le forum de discussion). Ce seul argument linguistique suffirait pour assimiler la Sabis à la Selle.
 
L’adjonction d’un suffixe diminutif –elle (Selle est la petite Sée, comme Avesnelles est la petite Avesnes) prouverait-elle que le fleuve, au temps de la conquête de la Gaule, était plus important (plus large et avec un plus fort débit) qu’aujourd’hui ? César reconnaît le courage dont ont fait preuve les Gaulois en « osant franchir une rivière très large et escalader une berge fort élevée » (II,27). Les Romains n’ont jamais traversé la rivière, sauf les deux premières légions pour s’emparer du camp gaulois.
 
 
Quelques autres questions soulevées par le récit de César se rapportent 1°) à la localisation et à la structure des camps romain et gaulois (nous proposons Avesnes-le-Sec pour le premier, Fleury pour le second ; 2°) à la stratégie gauloise et ce qu’elle implique pour l’emplacement du camp romain par rapport à la route d’arrivée des légions ; 3°) à la présence d’une villa gallo-romaine édifiée après la bataille, à proximité du camp de César, et les fouilles archéologiques qui y furent entreprises. Etc. Je pourrais éventuellement développer ces points dans le cadre du forum sur la Sabis.
 
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R.O.


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MessagePosté le: Dim 1 Mar - 21:26 (2009)    Sujet du message: Point de départ des légions romaines Répondre en citant

Concernant le parcours, cette hypothèse me parait également intéressante avec un passage par l'oppidum des Viromanduens.



http://www.archeologie-aerienne.culture.gouv.fr/ic/chifr-2a.gif


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