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Histoire Haspres
Histoire de la ville d Haspres, son patrimoine, sa mairie aux allures de petit Kremlin, sa prévôté, son clocher et son église, l'ancienne prison ou corps de garde de l'armée russe en 1815, son moulin, ses sociétés locales actuelles et passées.

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Hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson

 
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Olivier


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MessagePosté le: Mer 29 Aoû - 07:11 (2012)    Sujet du message: Hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson Répondre en citant

Voici un nouveau lien sur le sujet de la Sabis.


L’exégèse des textes latins est du professeur Yves Texier.
Les observations géologiques de Claude Delas et Georges Donat, ingénieurs civils des Mines.
Les réflexions militaires du général Marc Terrasson, et de quelques amis officiers.

http://www.cesargaulois.fr/2-la-premiere-campagne-de-belgique/b---la-batail…


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MessagePosté le: Mer 29 Aoû - 07:11 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Olivier


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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 06:33 (2012)    Sujet du message: L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson - Partie 1 Répondre en citant

La séduisante thèse élaborée par un collectif de chercheurs (latiniste, géologues, militaires, archéologues) autour du déroulement et de la localisation de la bataille de la Sabis (http://www.cesargaulois.fr/2-la-premiere-campagne-de-belgique/b---la-bataille-de-la-sabis) expose des points de vue qui nous ont paru dignes d'être examinés et discutés. Comme nous, et légitimement, les auteurs de cette conjecture suivent la traduction du texte latin produit par Constans en 1926. Comme nous, et avec d'autres solides arguments, ils repoussent les hypothèses de l'Escaut et de la Sambre. Comme nous, ils privilégient une localisation de la bataille sur la Selle, à proximité et sur la gauche de la voie d'accès des légions romaines. Cependant, loin de mésestimer la qualité des travaux de ces éminents chercheurs, et de nous risquer au reproche de présomption, nous voudrions reprendre ici quelques notions opératoires de leur réflexion, pour souligner certaines discordances avec notre propre théorie. Toute hypothèse est une hésitation entre le doute absolu et la certitude absolue : c'est dans cette oscillation que nous situons notre intervention, en ce qu'elle n'est pas non plus, sans doute, exempte de discussions, d'objections, de controverses.

Tout d'abord, je souhaiterais faire une petite mise au point, tout à fait personnelle : je ne suis pas natif d'Avesnes-le-Sec (cf. Annexe II/b. Une bataille sur la Selle). Je suis né à Douai, j'y habite et j'y travaille. Je n'ai de rapport avec Avesnes-le-Sec que pour m'être attaché pendant vingt ans à la restauration d'un château du XVIIIe siècle. Cette tâche, aujourd'hui accomplie, m'a amené à m'intéresser à l'histoire du village et de sa contrée, en remontant les siècles jusqu'à la première occurrence du toponyme (cf. revue Valentiana, n° 37/38, décembre 2006 : Avesnes-le-Sec est-il un anthroponyme ?), et au-delà jusqu'à l'époque de la conquête romaine. Une relecture attentive du Bellum Gallicum, outre qu'elle a ressuscité des souvenirs de collège, m'a persuadé que l'épisode nervien avait son importance dans la conquête de la Gaule et que la bataille de la Sabis n'avait pu se produire que sur les bords de la Selle, et à gauche de la route d'arrivée des légions de César. J'ai présenté cette thèse devant plusieurs sociétés d’histoire et d'archéologie (Denain, Valenciennes, Cambrai, Famars) et sur le site internet de l'histoire d'Haspres tenu par M. Olivier Legrand. Je prépare un article synthétique ou un ouvrage plus complet.

Le texte de César

Le récit de la bataille de la Sabis est certes très imprécis et peu bavard pour ce qui concerne certains paramètres tels que l'itinéraire emprunté par les légions depuis leur départ de l'Ambianie jusqu’au site de la bataille ; ou l'établissement des trois camps d'étape qui ont ponctué  cette trajectoire ; ou la configuration géographique des lieux : les indications fournies là-dessus par César ne permettent pas, à elles seules, de désigner de façon certaine un site, ni de lever les contradictions ou les incohérences qu'on croit repérer dans le texte du Bellum Gallicum. Nécessité est donc de s'appuyer sur un certain nombre d'éléments textuels plus pertinents, aptes à rendre compte de l'agencement logique et chronologique du récit césarien (qui est à la fois un document historique et une œuvre littéraire), et à formuler certaines caractéristiques qu'il semble indispensable de convoquer dans toute étude de cet épisode. En l'occurrence, comme on ne peut pas reconnaître, il faut essayer de comprendre. Ni retrancher, ni ajouter, ni interpréter, ni traduire, mais rendre compte pour faire signifier le texte.

Constatons-le déjà : le récit de César expose les événements dans l'ordre réel de leur survenue. Pour l'épisode de la Sabis, nous ne relevons qu'un retour en arrière : la prise du camp gaulois (BG, livre II, § 26) et deux anticipations : l'épisode des espions belges (BG, 17) et le rapport des Trévires (BG, 24), encore sont-ce des faits que mentionne César au moment où leur pertinence est évidente. Partout ailleurs, les événements se suivent selon une parfaite chronologie, même si leur déroulement peut être perturbé par des circonstances concomitantes :

- ainsi César ne rapporte de la bataille que ce dont il est le témoin oculaire direct : se trouvant, au commencement de l'assaut, du côté de l'aile gauche de son armée, il peut assister au lancement des javelots qui marque le signal du combat. Puis il avance vers l'aile centrale, où les légionnaires ont déjà repoussé les Gaulois. Enfin, quand il se présente à l'aile droite, les Nerviens ont attaqué et mis en fâcheuse posture les soldats romains (BG, 23). Les trois armées gauloises ont lancé l'attaque toutes en même temps, mais César ne peut que décrire l'un après l'autre les trois points sur lesquels l'assaut ennemi a porté : il dispose sa narration selon les trois arrêts qu'il opère en progressant sur le champ de bataille, de la gauche vers la droite ;

- La narration est parfois interrompue pour laisser place au récit d'autres actions importantes : ainsi, lors des escarmouches qui précèdent l'assaut, les cavaliers romains parviennent à plusieurs reprises à repousser la cavalerie ennemie (BG, 19). S'intercale alors l'épisode des Atrébates et des Viromanduens qui se font repousser. Quand les Nerviens réussissent à atteindre le camp, ils y rencontrent les cavaliers (BG, 23) que le récit avait laissés sur les bords de la Sabis lors des premières escarmouches. S'interposent ici les dégâts à l'aile droite et la débandade des soldats. Les cavaliers sont de nouveau signalés quand on apprend que, dans leur fuite, ils ont informé de la situation critique les légionnaires qui se sont emparés du camp gaulois et fonceront au secours de César (BG, 26). Nous croyons que ce sont de tels éléments textuels, passés inaperçus, ou jugés insignifiants, ou résistant à une première analyse, qui peuvent être le point de départ d'une autre lecture du texte césarien, et rendre intelligibles certains fonctionnements déterminants de la bataille de la Sabis. Trois ou quatre exemples plus significatifs suffiront à le faire paraître :

1°) Une progression logique investit les termes employés par César pour décrire la charge des Gaulois au sortir des bois. Au commencement de l'assaut, il n'est question que de la rivière : ils descendent dans la rivière, la traversent, gravissent la pente opposée (BG, 19). Puis ils foulent le champ de bataille (ils semblaient déjà aux prises avec nous […], ils marchaient sur notre camp (BG, 19). Les Atrébates et les Viromanduens parviennent en haut de la colline (la hauteur, la pente = loco superiore pour les deux mots, BG, 19), ils n'ont donc pas encore atteint le camp de César. Les Nerviens vont plus loin puisqu'ils passent la crête et se portaient vers le sommet du camp (summum castrorum  locum, BG, 23). L'approche des Gaulois se fait plus dangereuse quand les cavaliers se trouvent face à face avec eux devant la porte pretoria (BG, 24). Aussitôt après, les Trévires constatent qu'une foule d'ennemis emplissaient le camp (BG, 24). L'invasion du camp romain par étapes successives (la rivière, la montée, le haut de la colline, la porte avant, le camp proprement dit), incite à situer la ligne de crête (sommet de la colline, collis ab summo declivis, BG, 18 ) entre la rivière et la porte pretoria du camp, et donc l'implantation de ce camp derrière la ligne de crête, un peu en contrebas. Par conséquent, le flanc avant du camp, face à l'ennemi, se situe à un niveau plus haut que le côté postérieur. Une confirmation de cette disposition nous est fournie par l'attitude des valets de l'armée qui, étant arrivés au sommet de la colline (summo jugo collis, BG, 24), se retournent et voient les ennemis dans le camp (BG, 24) : il faut donc que la face antérieure du camp soit derrière la crête. C'est également in summo colle (BG, 26) qu'apparaissent les soldats de la légion de Labienus.

2°) A propos de cette colline, l'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Quid de la colline) observe une contradiction, ou une ambiguïté : d'une part, la tête du convoi est aperçue par les Belges cachés dans la forêt et cela déclenche leur assaut ; d'autre part, plusieurs heures après, les soldats des deux légions de garde apparaissent de nouveau au sommet de la colline. En réalité, le texte de César est on ne peut plus précis et exact : les Gaulois aperçoivent, en haut de la colline, la tête du convoi de bagages (BG, 19) qui suit les six légions déjà arrivées et est protégé sur ses arrières par les deux dernières légions (13e et 14e): ils prennent ces bagages pour ceux de la première légion et lancent l'assaut. Plus tard, alors que les Nerviens et les Romains s'affrontent durement sur le champ de bataille, les bagagistes ont continué d'arriver (BG, 24) et voient le camp qui, maintenant, est envahi par l'ennemi ; ils rebroussent chemin et, dans leur fuite, informent de la situation les deux légions de garde. Plus tard encore, ce sont les soldats de ces deux dernières légions (BG, 26) qui suivent les bagages et arrivent au pas de course, ils sont vus par César en haut de la colline. La bataille de la Sabis, dans sa première phase (avant l'intervention des deux légions salvatrices), s'est donc déroulée entre l’arrivée des premiers éléments du convoi de bagages et l'intervention des légionnaires d'arrière-garde. Rien d’étonnant à cela quand on considère que le train des bagages, chargé d'un armement encombrant et lourd, peut se développer sur plusieurs kilomètres et que sa progression est plus lente que celle des légions.

3°) Examinons d'un peu près la débâcle de l'armée romaine suite à l'assaut des Nerviens sur l'aile droite et l'invasion du camp (BG, 23). Les cavaliers romains qui se présentent devant la porte pretoria rebroussent chemin (fuient dans une autre direction, BG, 24) : ils ne peuvent fuir que sur la gauche du camp ou rebrousser chemin en direction de la rivière puisque les combats font rage sur la droite. Ils traversent donc la rivière et vont avertir les soldats de Labienus qui tiennent le castrum gaulois (BG, 26). De leur côté, les valets arrivent sur le haut de la crête et voient le camp envahi (BG, 24) : pour les mêmes raisons, ils s'enfuient dans la même direction et accompagnent les cavaliers jusqu'auprès de Labienus. Pour leur part, les bagagistes se portent dans toutes les autres directions (aliique aliam in partem, BG, 24) : c'est-à-dire essentiellement en arrière où ils rejoignent les légions de queue qui, averties par eux de la situation, s'empressent d’intervenir (BG, 26). La deuxième phase de la bataille transforme la configuration horizontale qui s'était installée dans la première séquence des opérations (les Gaulois d'un côté de la rivière, les Romains de l'autre), en une géométrie verticale : à droite du champ de bataille, l'attaque des Gaulois sur les Romains ; à gauche, la fuite et la débandade des légionnaires.

4°) Alors qu'il se trouve sur la champ de bataille, avec les légions de l'aile centrale qui affrontent les Viromanduens, César entend les cris d'horreur que poussent les bagagistes en fuyant devant les Nerviens qui attaquent l'aile droite : clamor fremitusque oriebatur (BG, 24). De là il est à cet instant, il ne peut pas voir s'enfuir les conducteurs de bagages, il ne peut en effet qu'entendre leurs hurlements. En revanche, quand il se trouve à la hauteur de l'aile droite, il voit apparaître, sur la crête de la colline, les légionnaires d'arrière-garde : in summo colle ab hostibus conspiciebantur (BG, 26). De l'endroit où il est maintenant, il lui est possible de voir arriver les deux légions par le chemin d'accès de toute l'armée romaine. Pour que les deux précédentes conditions aient lieu, il est indispensable que cette route d'accès et l'aile droite de César soient dans le même axe, c'est-à-dire sur la droite du camp romain.
Cette disposition est nécessitée par une autre circonstance : les deux légions d'arrière garde qui sauvent les Romains de la défaite, arrivent sur la champ de bataille par la voie d'accès dont nous venons de parler. Elles tombent directement sur l'aire où s'affrontent durement Nerviens et Romains. Le texte de César  rapporte en une seule phrase le retournement de situation que produit l'intervention de ces légions fraîches (BG, 27) : si la route d'accès de ces légionnaires n'avait pas longé le flanc droit du camp, elle aurait amené ces soldats au sein même de la débâcle romaine et leur action n'aurait pu être aussi rapide ni aussi efficace, sans doute eût-elle été impossible.

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André Bigotte (22 août 2012)
     


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Olivier


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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 06:46 (2012)    Sujet du message: L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson - Partie 2 Répondre en citant

Les trois jours de marche

L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (Notes du professeur Texier sur le texte de César) s'accorde avec notre analyse pour traduire cum per eorumn fines triduum iter fecisset (BG, 16), par : après trois jours de marche à travers le pays des Ambiens, et donc situer la trajectoire d'approche de l'armée romaine jusqu'à la Nervie, sur le territoire de l'Ambianie. Mais la même hypothèse admet une progression durant le troisième jour, en pays viromanduen jusque vers Bohain / Maretz ; puis, le jour suivant, une remontée sur le nord en direction de la rivière de la Haine, en suivant grosso modo le cours de la Selle jusqu'à la voie Amiens-Cambrai-Bavay (cf. La vraie bataille de la Sabis/ Que s'est-il passé à l'arrivée des légions, et Le camp de César le troisième jour). Bien que cette trajectoire en Viromandue n'aurait probablement présenté aucun danger pour les Romains puisque les soldats viromanduens sont partis combattre avec les Nerviens, plusieurs problèmes subsistent :

1°) Le texte de César ne mentionne qu'un trajet de trois jours accompli entièrement à travers le pays des Ambiens : il n'est pas question à ce moment-là des Viromanduens qui ne sont cités qu'après, dans un récit au style indirect. Textuellement, l'Ambianie est le seul pays parcouru par les légions avant leur entrée en Nervie. Ailleurs, il arrive à César de mentionner les pays qu'il doit traverser pour se rendre à un point précis : quand il envoie au légat Fabius cantonné chez les Morins, l'ordre de rejoindre le camp de Cicéron en Nervie, menacé par les Gaulois, il lui demande de conduire sa légion dans le pays des Atrébates, par où César savait qu'il lui fallait passer (BG, livre V, § 46). Tout au long de la campagne contre les Belges (BG, livre II), César passe d'un pays à l'autre, avec une assurance et une rapidité que signale dans son texte l'absence de transition : dès son arrivée à la frontière de la Gaule Belgique, il entre chez les Rèmes ; le lendemain il se rend chez leurs voisins les Suessions et fait le siège de leur capitale ; aussitôt après, il marche sur les Bellovaques et la ville où ils se sont rassemblés ; puis sans tarder il va chez les Ambiens et de là directement chez les Nerviens, attendu le peu de résistance qu'il a rencontré jusqu'ici ; finalement, il poursuit les Atuatuques et fait le siège de leur place forte.

2°) Faire passer les légions romaines par la Viromandue, en traversant une grande portion de ce territoire, d'ouest en est, et en contournant l'Escaut par le sud, c'est bien sûr faire l’économie du franchissement de l’Escaut non mentionné dans le BG (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. III, La vraie bataille de la Sabis), mais c'est aussi perdre de vue que César, dès la soumission des Ambiens, s'intéresse exclusivement aux Nerviens (BG, 15 et 16), les trois autres peuples gaulois n'étant cités que pour ce qu'ils se sont joints, un peu par force, aux Nerviens : les Nerviens avaient persuadé ces peuples de tenter avec eux la chance de la guerre (BG, 16).

3°) César ne précise pas le point de départ des légions en marche vers la Nervie. Samarobriva (future cité d'Amiens ?) a la faveur de presque tous les historiens, bien que rien ne soit moins sûr. César ne nous renseigne pas davantage sur la route qu'il a empruntée, ni sur le lieu exact où les légionnaires sont entrés en Nervie, ni sur la position des troupes gauloises derrière la Sabis. Cependant, le texte du BG donne à établir un schéma théorique disposé selon les quatre paramètres suivants :

- si on admet que les légionnaires en marche ordinaire accomplissent une distance de 25 à 30 km par jour, ils parcourent donc environ 90 km durant les trois jours de leur traversée de l'Ambianie conquise. Il convient alors de situer le point de départ des légions pour la Nervie, à 90 km de la frontière Ambianie-Nervie ;

- s'il faut supposer que César a emprunté le chemin le plus direct et le plus rapide pour rejoindre la Nervie, sans doute peut-on faire l'hypothèse d'une route d'accès déjà existante et qui conduit en pays nervien sans perte de temps et sans fatigue inutile. Quel que soit le lieu d'où les Romains sont partis et celui où ils auraient supposé rencontrer l'ennemi, le cheminement par la Viromandue ne semble pas répondre à ces intentions ;

- si les légions ne sont pas passées par les pays atrébate et viromanduen, elles ont traversé la frontière sud-ouest de la Nervie quelque part dans le Cambrésis. Si l’Escaut et le Cambrésis, comme le suggère M. Deru, appartiennent à l'Atrébatie ou à la Viromandue plus qu'à la Nervie (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. I/4°, Que sait-on de la Nervie et de ses frontières ?), le trajet par cette frontière Nervie/Ambianie se justifie davantage : l’Escaut aurait été franchie au soir du troisième jour de marche, et les légions se seraient arrêtées pour la nuit sur la rive droite du fleuve. De l'Escaut à la Selle s'étend une bande de terrain inoccupée, couverte de haies d'épines et formant une zone frontalière. Au delà de la Selle commencent le territoire nervien et la forêt des Ardennes ;

- si le texte du BG consigne qu'après trois journées de marche, César est parvenu à 15 km de la Sabis, il ne signifie pas pour autant, il est vrai, que les Gaulois sont postés derrière la rivière à cette distance exacte du camp de César : ils auraient pu attendre les Romains quelque part n'importe où le long du cours de la Sabis. L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. I. Préambule, 3/ pourquoi ces incertitudes ?) se demande même sur quelle rive étaient positionnées les deux armées rivales. Mais observons le texte : dès qu'il parvient à la frontière nervienne, ou plus exactement : à l'issue de trois jours de marche en Ambianie, César apprend qu'il est à dix milles de la rivière et que tous les Nerviens sont de l'autre côté. Comment ne pas entendre que les Belges sont à l'intérieur de leur territoire, sur la rive droite de la Sabis, et que les Romains sont en zone frontalière, sur la rive gauche ? Ou alors c'est qu'il ne s'agit pas de la Selle... Aussitôt, César envoie des éclaireurs, non pas à la recherche de l'ennemi, mais pour choisir le site où le camp sera implanté (BG, 17). Le rapport des éclaireurs lui confirmant la présence des Gaulois, César sait qu'il est à l'approche de l'ennemi (BG, 19), et reprend la route. Les combats commencent dès le paragraphe suivant. Cet enchaînement continu d'actions rapides et assurées tend à démontrer que César, à l'issue de la troisième journée de marche, se trouve bien à quinze km du rassemblement gaulois.
   
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André Bigotte, 22 août 2012


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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 06:52 (2012)    Sujet du message: L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson - Partie 3 Répondre en citant

Le champ de bataille

L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Hypothèse sur la route suivie par les légions, croquis n° 4) réfute une progression des armées romaines selon une route qui parviendrait perpendiculairement à la Sabis, au double prétexte que les légions sont disposées à égale distance de la rivière (ce que nous admettons tout aussi bien) et qu'elles reçoivent l'assaut belge en même temps (ce sur quoi nous nous accordons également). On vient de le voir : l'hypothèse en question propose une route d'arrivée qui longe le cours de la Selle, entre la rivière et les légions positionnées sur le champ de bataille ; mais rien dans le texte de César n'entérine l’existence d'une telle route.

La route que nous défendons, au contraire, arrive perpendiculairement sur la Selle et la coupe à hauteur d'un gué à Saulzoir. Ce schéma n'empêche pas les légions de se positionner face à l'ennemi, à égale distance de la rivière, ni de subir simultanément l'attaque gauloise. Les légionnaires, une fois arrivés sur le terrain, ne se disposent pas immédiatement pour combattre ; ils se dispersent d'abord pour travailler à la construction et à la fortification du camp ; ils ne se rangent en ordre de bataille qu'après qu'on les ait rappelés ou qu'on soit allé les chercher. C'est en substance ce que dit le texte de César (BG, 19 et 20). Notre théorie ne suppose aucunement une route coupant en deux horizontalement le champ de bataille, comme le présentent les croquis 1, 2, 3 (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / L'itinéraire de César le quatrième jour) ; le texte de César ne mentionne jamais l'existence d'une telle route. Pour notre part, nous pensons que les légions ont pu quitter la route d'arrivée avant qu'elle ne rencontre la Selle, puis se diriger sur leur gauche vers le site de bataille, et implanter le camp dans la plaine sur la rive gauche de la Selle, derrière la ligne de crête quasi parallèle à la rivière (supposons celle que cite l' hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson et qui, venant de Solesmes, suit le cours de la Selle à la cote constance de 70/73 m.). Ni la route de progression des légions à travers la Nervie, ni le gué qui enjambe la rivière (Saulzoir ?, Haspres ?) ne sont mentionnés par César : est-ce à dire qu'ils ne sont pas des constituants essentiels de la bataille ?  

La bataille n'a pu se dérouler qu'entre le camp romain (ou mieux : la ligne de crête) et la rivière, sur un espace suffisamment étendu pour accueillir 130.000 combattants (80.000 Gaulois et 50.000 Romains). Le front romain est probablement déployé entre les actuels villages de Saulzoir et de Noyelles- sur-Selle ; le front gaulois s'étendait de même, dans les bois qui couvrent l'autre versant de la rive. La profondeur du terrain, d'environ trois kilomètres entre la rivière et la ligne de crête, paraît assez considérable, mais il s'agit d'une distance habituelle entre les camps qui s'opposent au cours de la Guerre des Gaules:

- au commencement de la guerre, César établit son camp chez les Helvètes, à trois mille pas de celui des adversaires (BG, livre I, § 22) ;

- plus tard, chez les Rèmes, pendant la bataille de l'Aisne, les camps étaient à deux mille pas, soit trois km l'un de l'autre (BG, livre II, § 7) ;
 
- lors de la troisième campagne, le camp des Unelles dans le Cotentin et celui des Romains sont distants également de 2 milles (BG, livre III, § 17).
 
Par ailleurs, cette profondeur du champ de bataille peut expliquer plusieurs événements relatés par César :

- l’essoufflement des Atrébates qui traversent la rivière, remontent en courant la pente du côté romain jusqu'à une encablure du sommet de la colline et la face avant du camp ; à partir de là, ils sont repoussés et dispersés par les soldats de César (BG, 23). Les Viromanduens en font autant, sans doute sont-ils aussi à bout de souffle parvenus en haut de la colline, mais César ne peut en témoigner directement : quand il arrive auprès des soldats de l'aile centrale, ils ont déjà repoussé les Gaulois et se battent sur les bords de la rivière (BG, 23). L'année suivante, les Unelles, se précipitant à toute vitesse sur le camp romain situé lui aussi à 3 km et sur une hauteur, y arrivent essoufflés et épuisés, ils sont dispersés par les légionnaires (BG, livre III, § 19).

- Le temps que mettent les Gaulois, lors de leur assaut massif, pour parvenir au sommet de la colline romaine, bien qu'ils se précipitent, avancent au pas de course, avec une rapidité incroyable (BG, 19), laisse aux Romains le délai nécessaire pour se reprendre de leur surprise, revenir de leurs travaux de construction du camp, rejoindre tant bien que mal leurs enseignes, coiffer leurs casques et se munir de leurs boucliers, écouter les ultimes recommandations de César avant de lancer le javelot (BG, 21). Peut-on estimer à dix, quinze ou vingt minutes la course des Gaulois sur les trois kilomètres qui les conduisent à proximité du camp romain ?
 

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André Bigotte, 22 aout 2012


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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 07:04 (2012)    Sujet du message: L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson - Partie 4 Répondre en citant

Une embuscade sur la Selle ?

 L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Le camp de César le troisième jour) émet l'idée que les Gaulois s'attendaient à voir les légions, en provenance de Bohain, se diriger directement sur la rivière de la Haine, et traverser la Sabis au gué de Saulzoir où il leur préparait une embuscade avant qu'elles puissent s'installer sur la rive droite : ce serait le sens de l'attaque de la première légion imaginée par Boduognatos lors de l'entretien avec les espions belges (BG, 17). Mais César aurait trompé cette programmation, il n'aurait pas passé la Sabis et aurait implanté son camp sur la rive gauche. Boduognatos aurait décidé alors de changer de stratégie et d'attaquer immédiatement l'armée romaine (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Que s'est-il passé à l'arrivée des légions sur la Sabis ?). Ce scénario complexe tente d'expliquer pourquoi l'attaque prévue de la première légion ne s'est pas effectuée.

Mais ici non plus, rien dans le texte césarien ne peut attester ces manœuvres, rien ne peut laisser entendre que les Nerviens se seraient positionnés sur la rive droite de la Selle en fonction de la trajectoire des armées romaines. C'est le contraire qui est dit : les Nerviens campent derrière la Sabis, à quinze km du camp d'étape de César, et y attendent les légions ; César l'apprend au soir du troisième jour de marche ou le lendemain matin, de la part des prisonniers (BG, 16) et s'empresse de prendre des dispositions pour un campement et une bataille à cet endroit. Du côté romain, aucun indice ne peut laisser supposer que César ait supputé un rassemblement belge sur l'Escaut (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. IV, La vraie bataille de la Sabis). Le texte dit qu'aussitôt qu'il connaît le lieu de cantonnement des troupes ennemies, il envoie des éclaireurs pour choisir le site du camp (BG, 16 et 17) ; ils lui confirment la position des Gaulois et mentionnent l'existence de postes de cavaliers ennemis, preuve que les Gaulois ont adopté le site avant que les troupes de César, arrêtées à quinze km de la Sabis, se remettent en route pour le champ de bataille. Des Gaulois, César ne parle jamais d'autre chose que de détermination réfléchie et d’organisation solide : ils ne se soumettront pas sans avoir combattu (BG, 15), ils attendent César derrière la Sabis (BG, 16), ils décident d'attaquer la première légion dès son arrivée (BG, 17), ils forment solidement et discrètement leurs troupes à l'abri dans les bois (BG, 19), enfin ils s'élancent tous ensemble sur les Romains (BG, 19). Nulle part il n'est question d'incertitude, d'hésitation, de tergiversation, de changement de plan d'attaque. Le plus que nous pouvons concéder, c'est l'idée que Boduognatos, ayant appris que César dirigeait ses légions, depuis l'Ambianie, vers la Nervie (en suivant précisément, dans ce cas, une route traversant l'Escaut et arrivant perpendiculairement sur la Selle), ait résolu d'aller, en quelque sorte, à sa rencontre, et de  faire camper toutes ses troupes sur les bords de la rivière, à proximité de la route empruntée par les légions, barrant ainsi la voie aux Romains. Si cela est, il a dû faire très vite pour déplacer 80.000 hommes et les mettre en place pour la veille de la bataille, à l'issue de la troisième journée de marche des légions. Mais cette hypothèse n'appartient pas au texte de César, qui ne rapporte que ce qu'il voit ou apprend lui-même.

Lors de la révolte des Éburons (54 av. J.C), la légion de Sabinus, en colonne rangée, abandonne le camp mais est victime de la ruse du gaulois Ambiorix : les Gaulois dressèrent une double embuscade dans les bois, sur un terrain favorable et couvert, à deux mille pas environ, et ils y attendirent les Romains ; la plus grande partie de la colonne venait de s'engager dans un grand vallon, quand soudain ils se montrèrent aux deux bouts de cette vallée et, tombant sur l'arrière-garde, interdisant à la tête de colonne de progresser vers les hauteurs, forcèrent nos troupes à combattre dans une position fort désavantageuse (BG, libre V, § 32). La légion de Sabinus se fait massacrer, César perd deux de ses meilleurs légats. Mais les circonstances et la configuration des lieux étaient tout à fait différentes de celles de la Sabis et prédisposaient davantage à une embuscade.

Le temps pour les éclaireurs de se rendre sur l’emplacement qu'ils ont à choisir (César envoie en avant des éclaireurs, BG, 17) et d'en revenir (la configuration du terrain que les nôtres avaient choisi, BG, 18 ), César l'emploie à nous informer de deux choses concomitantes qui concernent les Nerviens et qui ont une importance suffisante pour que le narrateur les mentionne avec insistance : d'une part, la stratégie (embuscade ?) que les Nerviens ont mise au point et qui consiste à mettre en déroute la première légion qui arrivera sur le champ de bataille (2 occurrences, BG 17 et 19) ; d'autre part, le système des haies épineuses que les Nerviens disposent aux frontières de leur territoire pour empêcher toute intrusion étrangère (2 occurrences, BG 17 et 22). Ce sont là deux éléments qui font partie de la tactique belge et qui constituent deux menaces pour les légionnaires romains : César n'aura connaissance de la première qu'à l'issue de la bataille, mais le lecteur en est averti dès maintenant ; pour la seconde, les éclaireurs qui ont pénétré en Nervie ont déjà pu la vérifier.

César ne se remet en route qu'au retour des éclaireurs, après avoir pris connaissance de leur rapport et appris d'eux l'existence des bois impénétrables au regard, dans lesquels l'ennemi est caché (BG, 18 et 19). Cette autre information, après celle des haies défensives, constitue une deuxième menace pour les légionnaires. Il est vrai qu'une contrée aussi peu accidentée que la Nervie n'est pas très propice à une embuscade de la part des Gaulois (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Reste une embuscade sur la Selle). Mais ils ont fait le choix d'un site qui présente plusieurs qualités défensives aptes à mettre en difficulté les soldats de César peu accoutumés à affronter de tels obstacles : les haies épineuses et les forêts insondables seront autant d'éléments qui entraveront les déplacements des Romains lors du combat. L’ennemi, de son côté, n'aura de gêne que de la part de ses propres haies, encore est-il familier du procédé. Un troisième obstacle, bien qu'il soit difficile d'en apprécier justement la valeur et la pertinence, est certainement engendré par la configuration même du site sur lequel se déroule la bataille : César l'éprouve au moment où ses troupes doivent se mettre en place selon la nature du terrain et la pente de la colline (BG, 22).

C'est sans doute pour une moindre part que la rivière elle-même peut être intégrée à ce système défensif. Ce n'est pas un cours d'eau bien large ni très profond, même si la fin du récit césarien le présente rhétoriquement, à la manière d'une hyperbole, comme une rivière large et aux berges escarpées. Aujourd'hui, il a perdu de son importance et est devenu un filet presque insignifiant : à ce propos, nous disons la même chose que l'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. III, Remarques sur le texte de César, E/ L'environnement de la Sabis, hier et aujourd'hui). Cependant, si les Nerviens ont choisi la Sabis pour y attendre les Romains, c'est certainement pour la raison que cette rivière compose, à la frontière du territoire, avec la bande de terrain découvert sur deux cents pas et les bois épais qui dissimulent les Gaulois (BG, 18 ), une zone dont le franchissement ne présente aucun danger pour les troupes gauloises (ce système défensif naturel permet aux Gaulois un effet de surprise et une rapidité qui étonnent constamment l'adversaire), mais elle constitue pour les légionnaires un obstacle évident : après avoir passé la rivière, ils hésitent à progresser sur un terrain qui ne leur était pas favorable (BG, 17). Il n'est pas certain que l’Escaut ou la Sambre aurait offert, à cet égard, de meilleures conditions aux hommes de Boduognatos.

En revanche, nous ne pouvons pas nous accorder tout à fait sur un autre point : il n'est pas sûr que César, arrivé sur le site de la bataille, visiblement se juge en sécurité (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. IV, La vraie bataille de la Sabis) : il connaît le caractère des Nerviens par le rapport que leurs voisins lui ont exposé  : hommes rudes et d'une grande valeur guerrière […], ils n'accepteraient aucune proposition de paix (BG, 15) ; il sait qu'il ne rencontrera pas avec eux les mêmes facilités que celles avec lesquelles il a obtenu la soumission des pays qu'il vient de conquérir : ils passent pour les plus farouches des Belges (BG, 4) ; il sait, d'après les renseignements que lui ont fournis ses éclaireurs et qu'il peut vérifier de visu, que les Belges sont retranchés dans des forêts impénétrables (BG, 18 ).

Pour toutes ces raisons, il nous est difficile de croire que César pensait rencontrer les Belges sur l'Escaut (M. Deru, on l'a vu, efface ce fleuve du territoire nervien), qu'il aurait donc mené ses troupes au sud de ce fleuve jusqu'aux abords de Bohain-Maretz pour y établir son troisième camp d'étape. Il y aurait appris la position des Nerviens derrière la Sabis et aurait dirigé les légionnaires sur le nord, remontant le cours de la rivière, alors qu'il ne s'attendait pas à trouver à cet endroit l'armée belge (hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, chap. III, Remarques sur le texte de César. Conclusion). Nous objecterons ces quelques arguments : la veille de la bataille, César connaît les effectifs de chaque armée gauloise (BG, 4) ; il sait où se trouvent exactement les Belges, c'est-à-dire dans les bois, de l'autre côté de la rivière (BG, 16 : information des prisonniers, puis rapport des éclaireurs) ; il sait qu'il approche de l'ennemi (BG, 19 : il change l'ordre de marche de ses légions) ; il sait les dangers qu'il devra affronter (BG, 17 : l'armée est déjà embarrassée par les haies ; BG, 19 : les Romains ne s'aventurent pas dans les bois épais […] ils ont rangé solidement leurs unités dans la forêt) ; il sait ce qu'il faut faire dans une telle situation (BG, 19 : escarmouches préliminaires et construction du camp d'étape). Il se comporte normalement, et tout se passe comme d'habitude avec ordre et méthode, sans la pagaille annoncée par l'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. III, Remarques sur le texte de César. D/4, Mais jamais l'installation du camp...et chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Que s'est-il passé à l'arrivée des légions ?) : il agit selon les renseignements assurés qu'il a obtenus ; il arrive sur le site de la bataille qui aura lieu prochainement ; il décide d'y installer un campement pour la nuit ; l'emplacement en est circonscrit ; tous les légionnaires se répandent sur le terrain et s'occupent, chacun selon sa tâche précise (essarter les haies, creuser les fossés, construire le remblai, couper du bois, etc) ; quelques légers échanges d'escarmouches ont lieu entre les armées en présence. César n'estime pas, à juste titre, avoir d'autres précautions à prendre que celles qu'il prend habituellement. D'aucuns lui ont reproché de n'avoir pas pris les mesures de sûreté indispensables, comme, par exemple, confié la construction du camp à quelques légions, et mis sous les armes une autre partie de ses troupes (L.A. Constans). Mais peut-on pour autant parler d'insouciance, et admettre qu'il ait cru à une simple promenade militaire (L.A. Constans) ?

Ce que César ne sait pas et qu'il n'a pas prévu, c'est l'attaque soudaine des Gaulois, et le récit de leur assaut est tout aussi soudain dans une séquence textuelle qui suit immédiatement la notation de l'arrivée quasi-banale des six légions sur le terrain, et de leur travail ordinaire de campement (BG, 19). Sans doute, comme nous le pensons aussi, avait-il envisagé d'établir un quatrième camp d'étape pour y passer la nuit, avant d'affronter les redoutables Gaulois le lendemain ou même les jours suivants : lors de la bataille de l'Aisne, juste avant celle de la Sabis, César décida de surseoir à la bataille, il n'en livrait pas moins chaque jour des combats de cavalerie pour éprouver la valeur de l'ennemi et l'audace des nôtres (BG, 8 ). N'est-ce pas le but également des escarmouches préliminaires sur les bords de la Sabis ? Les Gaulois, nous l'avons vu, ont programmé une attaque impromptue, rapide et massive, ce dont ne pouvait pas se douter le général romain qui n'aura connaissance de ce subterfuge que plus tard (BG, 17). Aussi César est-il pris de court (BG, 21) par cet assaut inattendu des ennemis. Le texte insiste essentiellement sur la rapidité de l'action gauloise : ils s'élancèrent soudain [...], se précipitèrent [...], avec une rapidité incroyable [...], descendirent au pas de course [...], semblaient se trouver devant la forêt, dans la rivière, et aux prises avec nous (BG, 19). Au moment où l'ennemi approche du camp en construction, le récit s'accélère tout aussi bien, il ne distingue plus nettement les actions successives qui semblent avoir lieu toutes en même temps, il ne différencie pas non plus les trois peuples gaulois en présence qui s'élancèrent tous ensemble (BG, 19) et que pourtant César connaît bien (BG, 16), il énonce avec une confusion notoire la cascade des opérations rituelles que César ne peut accomplir faute de temps (BG, 20). Le proconsul ne dissimule pas qu'il est débordé par les événements qui vont trop vite : il avait tout à faire à la fois. C'est à cet instant, mais à cet instant seulement, que commence, pour les Romains, la pagaille. Mais ce désordre critique n'est que relatif, car les légionnaires sont expérimentés et savent prendre eux-mêmes des résolutions ; par ailleurs, chaque légat a la consigne de maintenir groupés autour de lui ses légionnaires tant qu'ils sont occupés à la construction du camp (BG, 21). Dès lors, presque tout rentre approximativement dans l'ordre, les soldats prennent leur place sur le terrain de bataille, en trois groupes, selon le dispositif probablement à eux dicté par César la veille au soir ou le matin même, dès qu'il a appris la répartition des armées gauloises. Une semblable reprise en mains est repérable après l'intervention de César en personne et l'arrivée des trois légions au moment où les Gaulois sont sur le point d'emporter la victoire (BG, 17).

A Suivre .....

André Bigotte, 22 août 2012
  


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Olivier


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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 07:10 (2012)    Sujet du message: L'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson - Partie 5 Répondre en citant

La stratégie gauloise

On l'a vu : l'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap .III, Remarques sur le texte de César, D/ Le flou et les incohérences du texte) tente de résoudre la question de l'attaque programmée de la première légion dès son arrivée (BG, 17), par une embuscade qu'aurait tendue Boduognatos : croyant que César, qui aurait traversé la Viromandue et longé la Sabis depuis Bohain, allait faire passer la rivière à ses légions sur un gué, le chef nervien aurait envisagé d'attaquer les Romains sur la rive droite de la rivière, près de la route qui coupe le chemin d'arrivée des légions. Mais son plan aurait été ruiné par un événement imprévu : au lieu de passer la Sabis, César se serait arrêté avant le gué et aurait planté son campement face aux troupes gauloises. Boduognatos n'aurait plus eu que la ressource d'attaquer immédiatement les Romains, et toutes les légions ensemble.
Il convient de remarquer que cette intention de s'en prendre à la première légion est soufflée aux Nerviens par des espions belges et autres Gaulois, et rapportée plus tard à César (une fois la bataille terminée) par des prisonniers (soldats nerviens qui ont participé à la bataille). Nous avons donc affaire à un discours doublement indirect et déporté dans le temps. Cependant nous ne pensons pas qu'il faille douter de la sincérité de César ni de la crédibilité des informations qu'il donne (ou alors, il faut mettre en doute chaque ligne du BG !). Le texte de César dit des Gaulois cachés dans la forêt, qu'ils avaient formé leur front et disposé leurs unités, augmentant ainsi leur assurance par la solidité de leur formation (BG, 19). Nous croyons en effet que Boduognatos a étudié sérieusement un plan d'attaque basé sur l'effet de surprise, et que celui-ci aurait réussi sans l'intervention in extremis des trois légions à la fin des hostilités. De trois choses l'une, mais le texte de César ne lève pas l'hésitation :

1°) ou les Gaulois se sont trompés (- mais n'ont pas été trompés par César ; est-ce une façon pour le chef romain de se désimpliquer ?) : quand ils ont cru voir arriver le convoi de bagages qui devait suivre la première légion, il s'agissait en fait de la tête de tout le convoi des bagages de l'armée qui suivait les six légions. Celles-ci étaient déjà arrivées sur le champ de bataille et avaient déjà entrepris la construction du camp. Est-il alors vraisemblable de supposer que les Gaulois n'aient pas vu arriver les six légions ni vu qu'elles construisaient un camp ? Oui assurément, si l'on fait l'hypothèse d'un camp romain édifié derrière la ligne de crête signalée dans l'analyse  Delas-Deru-Donat-Terrasson (chap. IV, La vraie bataille de la Sabis / Quid de la colline) et dont nous avons dit plus haut l'importance qu'il convient de lui conférer. Ce relief aurait pu dissimuler aux Gaulois les soldats de César qui ne se sont pas approchés tout de suite de la rivière, à l’exception des cavaliers dont les quelques joutes préliminaires – engagées par les Romains (BG, 19) –  sont peut-être destinées (ou ont-elles contribué) à amuser l'ennemi pendant que se préparaient des choses sérieuses. En revanche, le convoi de tous les bagages de l'armée, emboîtant le pas aux légionnaires, aura monté la colline et se sera avancé aux abords du terrain de bataille. Comme les Gaulois surveillaient l'apparition des bagages, la vue du convoi en question aura déclenché leur attaque.

2°) ou Boduognatos n'a pas cru bon de suivre le conseil des espions belges et préféré une attaque immédiate de tous les Gaulois sur les six légions romaines qui viennent d'arriver. Une telle offensive massive et simultanée qui ne laisse pas même à César le temps de préparer ses soldats à combattre (les armer et les ranger en bataille), et les oblige à répliquer avant que le camp soit édifié, a pour visée principale de créer la débandade générale et d'interdire tout repli sur le camp. C'est ce qui s'est passé, et ce qui a manqué de réussir :

- les Atrébates et les Viromanduens, moins nombreux que les Nerviens, se font repousser et mettre en déroute dès le début des combats (BG, 23). N'aurait-il pas manqué aux Belges les soldats atuatuques qui ne sont jamais arrivés et dont César ne nous dit rien de la mission qui leur avait été confiée ;

- mais pour battre des Gaulois, les quatre légions romaines 9e, 10e, 11e et 8e ont dû s'avancer jusqu’à la rivière : ils n'hésitèrent pas à passer eux-mêmes la rivière […], ils se battaient sur les bords de la rivière (BG, 23) et ont donc dégarni les flancs avant et gauche de leur camp ; c'est l'explication donnée par César (BG, 23). Boduognatos aurait-il envisagé que les Romains s'attacheraient à s'emparer rapidement du camp gaulois faisant face aux légions de l'aile gauche (ce qui s'est produit en effet de cette façon, BG, 23 et 26), et aurait-il sacrifié pour ainsi dire les soldats atrébates et viromanduens afin que son aile nervienne puisse à la fois contrôler la route d'accès qui pénètre directement dans son pays et envahir le camp de César ?

- les troupes nerviennes, très nombreuses et très offensives, sont réparties en trois sections : deux groupes encerclent l'aile droite romaine qui ne peut plus compter sur les renforts des autres légions ; le troisième groupe envahit le camp par la porte avant (nous ne croyons pas que la porte latérale droite ait pu être prise par les Nerviens). L'invasion de ce camp, bien qu'il soit vide de soldats romains et de matériels, comme le remarque l'hypothèse Delas-Deru-Donat-Terrasson, est sans aucun doute un événement capital et pour Boduognatos et pour César : dès leur assaut, les Gaulois visent le camp : marchaient sur notre camp (BG, 19), se portaient sur le sommet du camp (BG, 23) ; ils s'en emparent, ce qui fait fuir la plupart des soldats de l'armée romaine : la cavalerie, l'infanterie, les frondeurs, les valets, les bagagistes, les Numides, les Trévires (BG, 24). Ces derniers motivent leur fuite par deux raisons principales : la prise du camp et celle des bagages (BG, 24).

Au cours de la Guerre des Gaules, les troupes romaines sont souvent attaquées par surprise, avant qu'elles aient terminé la construction de leur camp et qu'elles soient prêtes au combat ; mais sur la Sabis, il s'agit de la première fois. Par la suite, lors de la troisième année de campagne, dans les Alpes, l'armée gauloise attaque inopinément les Romains qui ont à peine eu le temps de mettre à exécution les mesures qu'ils ont décidées (BG, livre III, § 4). Peu après, les Unelles marchent sur le camp de Sabinus, en courant très rapidement afin que les Romains eussent le moins de temps possible pour se ressaisir et prendre les armes (BG, III, 19). Les peuples qui bordent la Mer du Nord (Morins et Ménapes) ne laissent pas non plus aux Romains le temps de construire leur camp : Soudain, au moment où les soldats étaient au travail et dispersés, ils bondirent de toutes parts hors de la forêt et chargèrent les nôtres. Ceux-ci prirent rapidement les armes (BG, III, 28 ). Deux ans après, les Gaulois se jettent à l'improviste sur le camp de Cicéron : un certain nombre de soldats, qui s'étaient éloignés pour aller dans les forêts chercher du bois de chauffage et du bois de charpente pour la fortification, furent surpris par l'arrivée soudaine de la cavalerie ennemie […]. Les nôtres vivement courent aux armes, montent au retranchement, etc. (BG, V, 39).

3°) ou Boduognatos a lui-même été surpris par la rapidité avec laquelle les Romains sont arrivés sur le champ de bataille. D'une part, il estimait que la progression des légions, à partir de la frontière nervienne, aurait été ralentie par les haies épineuses : notre armée étant embarrassée dans sa marche par ces obstacles (BG, 17) ; d'autre part, il ignorait le changement de l'ordre de marche durant le quatrième jour : César avait réglé sa marche autrement que les Belges ne l'avaient dit aux Nerviens (BG, 19), et n'avait donc pas prévu une arrivée des six légions les unes derrière les autres plus rapidement que séparées chacune par leurs bagages.
Quoi qu'il en soit, il convient d'observer que les objectifs que s'était fixés Boduognatos ont été remplis en grande partie : l'attaque de l'ennemi avant qu'il ait eu le temps de s'organiser et de terminer le camp ; l’occupation du camp romain ; la déroute des bagages de l'armée ; la mise en fuite et l’extermination des légions de César. Peut-être n'est-il pas nécessaire de faire l'hypothèse d'une embuscade ratée de Boduognatos, bien que cette conjecture relève d'un effort d'analyse indiscutablement roboratif et éclairant.
 

Remarque : les toponymes cités dans cet article, à l'exclusion de celui de la Sabis expressément mentionné par deux fois dans le BG, sont les noms actuels des villes et villages qui nous servent de repères géographiques. Il est à peu près certain que ni Amiens, ni Cambrai, ni Bavay, et encore moins Haspres ou Saulzoir, ne constituaient d'imposantes cités, mais seulement, si elles existaient alors, de petits habitats ou groupements de quelques fermes, des points de passage ou gués. Si César ne cite aucune cité ni aucune fortification en Nervie (hormis le castrum non identifié dans le BG), ce n'est pas parce qu'il n'y en a pas, mais parce que le pays a été soumis après une bataille livrée sur les bords d'une rivière et non pas à l'issue du siège d'une ville. Quant aux routes empruntées par les légions de César, il n'est pas impossible que certaines aient existé au temps de l'indépendance gauloise, sous la forme de chemins de terre, par exemple, qui auraient facilité le transport des légions et de leurs bagages. Les Romains auront réorganisé ces routes après la conquête.


FIN

André Bigotte (22 août 2012)
   


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